Déclassement A6/A7

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Intervention de Gilbert-Luc Devinaz

Conseil de la métropole du 30 janvier 2017

Monsieur le Président, chers collègues,

Le groupe La Métropole Autrement salue la parution du décret de ce déclassement. Nous nous en félicitons. Il va améliorer la qualité de vie des habitants en réduisant le trafic routier et la pollution en plein coeur de Lyon.

Nous voterons donc cette délibération.

Elle vient gommer une erreur historique. Nous resterons vigilants

toutefois à ce que gommer une erreur ne conduise pas à en créer une nouvelle.

Les bénéfices attendus de cette décision doivent bien être partagés par l’ensemble des habitants de la Métropole et non pas uniquement par les Lyonnais.

En convaincant l’Etat, monsieur le Président, vous avez fait du point d’arrivée, le point de départ. Mais le chemin demeure toujours aussi long.

Et pour ne pas se perdre, en chemin, il faut être capable d’articuler différents niveaux de lecture, d’élargir et de resserrer la focale, de regarder les cartes d’en-haut tout en se mettant à la place de l’automobiliste. Pourquoi ces derniers empruntent-ils tel axe routier plutôt que celui-ci qui nous parait plus approprié ? Pourquoi prennent-ils leur voiture alors que les transports en commun paraissent plus adaptés ?

Ce sont ces questions que nous devons nous poser pour réussir le pari de ce déclassement sans déclasser l’Est lyonnais.

Nous nous félicitons tout d’abord de votre volonté, Monsieur le Président, d’élargir la focale et d’intégrer ce projet dans le cadre du pôle métropolitain. Cette instance de concertation est un bon niveau de réflexion tant les implications de ce projet vont bien au-delà de notre seule agglomération. Je pense à la plaine de l’Ain, voire à l’agglomération de Bourg-en-Bresse. Je pense à celle de Bourgoin-Jallieu, à celle de Vienne.

Je pense aussi au département de la Loire et je souhaite, à cette occasion, souligner notre grande inquiétude quant à l’évolution actuelle du projet de l’A45. En l’état actuel des choses, ce dossier peut bouleverser tout l’équilibre que nous sommes en train de rechercher.

Élargir la focale, c’est également réfléchir à l’articulation entre un futur contournement à l’Est de l’agglomération et un autre contournement, ferroviaire, celui-ci, mais également envisagé à l’Est et au Sud de Lyon.

Élargir la focale, c’est également avoir une approche métropolitaine qui s’intéresse tout autant au report du trafic sur l’Est qu’au maintien du trafic pendulaire à l’Ouest.

Sur le premier point, nous partageons certaines des inquiétudes émises par les élus de l’Est lyonnais. En effet, pour le périphérique Laurent Bonnevay ou la Rocade Est, un report de près de 16 000 véhicules par jour est difficilement envisageable tant ces axes sont déjà saturés. Sans parler des effets nocifs d’une pollution atmosphérique accrue dans des territoires qui comptent déjà parmi les plus fragilisés.

Contrairement à ce que j’ai pu entendre dans les médias, le vrai contournement nous le connaissons, les études sont en cours, le PDU les évoque, les principales options sont sur la table. Mais, c’est là que les difficultés apparaissent. Chacune des options répond à des intérêts divergents. Ainsi, la solution d’un prolongement de l’A432 et de son raccordement à une autoroute A46 dédoublée pourrait avoir les faveurs des élus et des habitants de l’Est lyonnais. Mais qu’en est-il de ceux du Sud ? Ces derniers soutiennent une autre solution avec un prolongement de l’A432 en dessous de Vienne. Mais, dans ce cas, on nous répond que cela coûte trop cher. En fait, la difficulté est que nous devons porter l’intérêt général et qu’il ne correspond pas à la sommes des intérêts individuels.

Je le disais tout à l’heure se pose aussi la question du maintien d’un trafic pendulaire venant de l’Ouest lyonnais pour travailler dans la ville-centre.

Car, même en retranchant un report total du trafic de transit et l’absorption estimée d’un boulevard urbain, il reste un différentiel de plus de 50 000 véhicules par jour qu’il faut bien répartir. Pour cela, il me semble nécessaire de resserrer la focale au niveau de l’habitant qui se trouve être tout à la fois un riverain, un automobiliste, un usager de transports en commun ou un utilisateur de vélos.

En attendant l’Anneau des Sciences, nous ne pouvons que nous appuyer sur une optimisation du réseau actuel de transports en commun et ferroviaires. C’est peut-être aussi l’occasion de développer les mobilités plurielles comme le covoiturage – c’est évoqué dans la présentation – mais aussi, pourquoi pas, réfléchir à une évolution des temps du travail au sein des entreprises pour rationaliser les déplacements à l’occasion de futurs PDIE [plan de déplacement inter-entreprises pour info].

Ainsi, ce qui paraît être une difficulté, est peut-être aussi une chance qui nous pousse à réfléchir davantage aux usages et aux incitations qui permettent aux habitants de prendre les transports en commun. Cela implique de travailler à l’intermodalité entre la voiture, le vélo, le bus ou le train, de faciliter les transferts et de favoriser le covoiturage à l’aide de voies dédiées et partagées avec les bus. Cela peut-être l’occasion par exemple de relancer un tel projet pour le périphérique Laurent Bonnevay dans le cadre d’une future Rocade A8.

Se centrer sur les usages, c’est aussi la clé de la réussite du contournement à l’Est. Car l’enjeu ici n’est pas de faire une belle autoroute mais bien qu’elle soit utilisée. Et pour nous, l’enjeu est de s’assurer que le trafic de transit se déporte sur l’A432. Aujourd’hui, ce trajet alternatif représente un surcoût cumulé de plus 15€ par trajet pour un poids lourds de 40 tonnes. Le calcul est donc vite fait pour un entrepreneur de transports.

C’est pourquoi, la réussite du contournement doit s’appuyer sur un ensemble de mesures concordantes, à la fois incitatives et dissuasives.

Parmi les mesures incitatives, il est possible d’améliorer l’attractivité de l’A432 en développant des aires d’autoroute avec des services nouveaux pour les entreprises comme la sécurisation des parkings et la mise en place de services pour les conducteurs.

Concernant les mesures dissuasives, des arrêtés anti-poids lourds seront adoptés mais leur efficacité ne peut être mesurée qu’à la capacité à les faire respecter.

Nous attendrons également avec impatience les résultats des études sur le péage de transit qui est un outil pertinent pour s’assurer du report de trafic mais qui n’apparait pas encore dans les actions présentées aujourd’hui.

Toutes ces questions nous montrent bien que le chemin est encore long. Si le calendrier est un objectif ambitieux, il ne doit pas être non plus un dogme. La réussite d’une telle décision nécessite, pour qu’elle bénéficie à tous les habitants, aussi du temps long quitte à faire évoluer le calendrier.

Un temps parfois nécessaire pour réfléchir à toutes les implications, pour évaluer le résultat des études, pour faire partager nos objectifs, bref un temps long pour ne pas reproduire avec cette décision historique de nouvelles erreurs historiques.

Je vous remercie

Seul le prononcé fait foi

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