Création de l’Institut français de civilisation musulmane (IFCM)

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Intervention de Jean-Paul Bret

Conseil de la métropole du 11 juillet 2016

Monsieur le Président, chers collègues,

Je voudrais signifier notre soutien plein et entier à cette délibération.

Une délibération qui propose d’apporter une subvention d’investissement à la construction d’un bâtiment abritant l’Institut français de civilisation musulmane.

Il s’agit d’un projet finalement modeste au regard de l’importance de notre métropole, mais dont la symbolique est forte et dont le sens et la signification le sont tout autant. Par notre engagement, par notre vote, nous allons permettre à une institution nouvelle de faire connaître l’histoire et les cultures de l’islam.

Nous allons permettre à tous d’en comprendre les origines et la diversité.

Nous allons ainsi contribuer à créer un espace interculturel d’échange et de rencontre.

Pour d’autres cultures, des équipements liés à la diffusion de la connaissance existent déjà : ils racontent, ils transmettent, ils témoignent des différences et ressemblances, ils contribuent à créer un chemin commun entre tous les habitants de notre agglomération, quelles que soient leurs origines et leurs croyances.

Ces lieux comptent parce qu’en expliquant, ils apaisent.

Aucune ignorance n’est utile.

Dans la période troublée que nous traversons, après la violence que nous avons connue, quand les intellectuels musulmans et les laïcs de culture musulmane ont du mal à se faire entendre face aux voix du radicalisme qui prennent toute la place médiatique, nous avons besoin d’un centre comme celui-ci.

Nous avons besoin de mieux connaître la civilisation musulmane et son histoire.

Car c’est sur le lit de l’ignorance qu’on enrôle des jeunes, filles et garçons, au nom d’un islam, honteusement détourné par quelques fous de Dieu.

C’est sur le lit de l’ignorance que les théories les plus racoleuses se propagent par le Web avec peu de contradiction finalement.

Au lendemain de l’attentat de Charlie Hebdo, l’historien Benjamin Stora expliquait en partie cette situation par, je cite, «un déficit de l’enseignement de l’histoire du Maghreb et de l’islam ».

C’est sur le lit de l’ignorance aussi que notre société éprouve tant de difficultés à concilier ses enfants.

On n’intègre bien que ce que l’on connaît et ce que l’on respecte.

Il est fini le temps où, dans les écoles de France, où l’on pensait réunir les enfants au refrain de nos ancêtres les Gaulois.

Le faible résultat des politiques d’intégration doit nous amener à réfléchir.

Il manque quelque chose à la République pour, non pas assimiler, mais faire corps.

Il manque quelque chose au principe d’égalité pour que chaque citoyenne, chaque citoyen de notre pays, s’en sente le bénéficiaire autant que le dépositaire.

Ce qui manque — et qui ressort systématiquement dans toutes les crises que nous traversons depuis 30 ans —, c’est l’ouverture plutôt que le repli, c’est la confiance plutôt que la méfiance, c’est l’échange plutôt que le silence.

A Villeurbanne, depuis 2008, au Rize Centre Mémoires et Sociétés, le public et les enfants apprennent que si leurs aïeux ont été ouvriers dans cette ville, tous n’étaient pas nés ici, beaucoup venaient d’ailleurs.

Cette expérience, conduite avec le personnel municipal, avec des chercheurs, avec les écoles, avec les habitants qui livrent leurs archives, ne règle pas tous les problèmes d’aujourd’hui.

Mais elle constitue un repère utile.

Un repère, c’est ce que sera l’Institut français de civilisation musulmane, pour les femmes et les hommes issus de cette culture, plus largement pour nous toutes et tous qui avons besoin de savoir et de comprendre.

Quant à l’origine des financements, j’ai écouté et lu avec attention les arguments des uns et des autres.

J’ai en particulier suivi les débats qui ont eu lieu au conseil régional et j’y ai vu beaucoup de duplicité.

Car si l’on veut réduire la part des fonds venant de l’étranger, alors il n’y a pas d’autres moyens que de financer plus cet équipement et de limiter la part privée à une portion congrue.

En supprimant sa subvention, la Région fait justement ce qu’elle prétendait ne pas vouloir faire, elle a subordonné la réalisation de cet institut à d’autres financeurs en particulier à l’apport de capitaux étrangers.

Cette attitude est aussi contre-productive qu’hypocrite.

Il y a près de 20 ans, un maire de Lyon, qui s’appelait Michel Noir a su s’engager pour permettre la construction de la grande mosquée.

J’aurais personnellement aimé que son exemple en inspire quelques-uns dans son propre camp.

Dire cela n’empêche pas la vigilance qui revient à la force publique pour tout équipement auquel elle contribue.

Vigilants, nous le serons bien davantage encore dans ce contexte de suspicion.

Mais nous le serons avec la clairvoyance qui accompagne tout projet ambitieux.

Il n’est pas finalement pas si fréquent, dans nos assemblées, d’être confrontés à un vote aussi lourd de sens, de responsabilité morale et révélateur de la conception républicaine qui est la nôtre.

J’espère que cela guidera individuellement le vote de chacun.

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