Métropole respirable

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Intervention d’Anne Reveyrand

Conseil de la métropole du 27 juin 2016

Monsieur le Président, chers collègues,

Je me suis longtemps demandé pourquoi toutes ces maladies, ces gênes au niveau des voies respiratoires ne suscitaient pas plus de réclamations dans la population. Comme une fatalité ! Parce que nous sommes tous producteurs de cet état de fait ? plutôt parce que l’air, comme sa pollution, ne se voit pas ? C’est la bonne raison qui m’était apparue, il y a 20 ans.

Cette remarque est toute relative et tend à ne plus être exacte. En effet certains polluants sont très salissants et je ne vous conseille pas de mettre du linge blanc à sécher aux Buers ou aux Brosses. Il en ressortira sec, surtout en ce moment, mais noir ! Je précise que Les Brosses, les Buers sont des quartiers Politique de la ville de Villeurbanne.

L’amélioration de la qualité de l’air, c’est avant tout un enjeu de santé publique mais aussi de réduction des inégalités sociales. Car ce sont les populations les plus défavorisées qui en sont le plus souvent les victimes.

On peut considérer que la qualité de l’air s’est améliorée dans les 10 dernières années mais la densité grandissante dans notre agglomération, produit une population grandissante, et ce sont d’autant plus de déplacements au cœur de notre Métropole. Notre action devra être d’autant plus exigeante.

A ce titre, je soulignerai l’action originale d’une structure qui nous a été présentée lors de la remise des prix du Challenge de la mobilité la semaine dernière, qui travaille sur la production de non-mobilité. Comment revoir nos actions (collectivités, entreprises) pour supprimer des déplacements inutiles ?

Si les pics de pollution sont nombreux, c’est parce que la pollution de fond est importante. Notons au passage que les pics ou le fond sont déterminés par des normes qui sont loin d’être les mêmes selon que l’on s’en réfère à l’Union européenne ou à l’OMS. Comme vous, j’aurai plutôt tendance à faire confiance à l’OMS…

Pour exemple,  les seuils de PM10 sont à 40 microgrammes / m3 pour l’Europe et à 20 pour l’OMS, ceux de PM 2.5 sont à 25 pour l’Europe et à 10 pour l’OMS…

Quand on sait qu’il en va de notre santé puisque plus les particules générées sont fines plus elles pénètrent dans notre organisme, depuis les voies respiratoires jusqu’à notre cœur et même notre cerveau pour les plus fines !…

Globalement – je veux dire tous polluants confondus- la nouvelle étude de l’Institut national de veille sanitaire, citée par nombre d’intervenants avant moi, vient ici mettre en évidence ce qui était su depuis longtemps : la pollution de l’air réduit de deux ans l’espérance de vie en France.

A cette occasion, je veux citer un article de Florence Roussel dans Actu Environnement qui prend pour unique exemple une commune de notre Métropole. Ouvrez les guillemets : « Par exemple, si la commune de Villeurbanne où l’on mesure une concentration de 18 microgrammes / m3 en moyenne annuelle en PM 2.5 réussissait à abaisser cette concentration au niveau d’Angers (ville de taille équivalente de 150 000 habitants) où la concentration est de 12 microgrammes / m3 en moyenne, les bénéfices seraient conséquents. » Fermez les guillemets. On se serait bien passé de cette célébrité !

On ne peut donc que se louer du lancement de cette démarche globale « Métropole respirable », d’amélioration de la qualité de l’air, elle-même inscrite dans l’appel à projets « Ville respirable » de l’Etat et dont nous sommes lauréats.

Le plan d’action  touche tous les domaines d’organisation de la cité. La qualité de l’air extérieur, comme de l’air intérieur, interroge tant les politiques de mobilité que de construction, d’énergie, de politique industrielle ou agricole…

Pour ce qui est des transports et de la mobilité, générateurs de toute une série de polluants, le plan proposé est volontaire en réduisant le trafic.  Mais je crois qu’on a encore beaucoup à faire sur le déplacement piéton avec des cheminements paysagers qui bénéficieraient, au passage, à la biodiversité. Aujourd’hui, la ville n’est vraiment pas faite pour celui qui marche !

A la lecture du plan Oxygène, la question du transport de marchandises en ville occupe une place relativement marginale. Peu de précisions concrètes sont données à ce stade sur la manière dont la Métropole va investir cette thématique, au-delà de la contrainte sur les véhicules les plus polluants. Des espaces de logistiques urbains sont-ils prévus dans les programmes d’aménagement à venir ?

Une véritable stratégie du dernier kilomètre sur le cœur d’agglomération avec des plateformes logistiques organisées sur le territoire, est devenue une nécessité.

Ce plan Oxygène est remarquable, sauf que le déclassement de l’A6 A7, tant vanté dans les médias, y est considéré uniquement avec le prisme lyonnais –tant mieux pour les habitants de Lyon qui vont être soulagés et mieux respirer. Mais que dire du report de circulation sur les voies Est de l’agglomération, la rocade Est notamment ? La construction d’une voie nommée Anneau des sciences par un bel effet de communication serait-elle la solution ? pas sûr…En tous cas, les temporalités différentes laissent douter de son efficacité.

Ce plan Oxygène est remarquable, sauf qu’on y constate tout de même une grosse lacune : rien sur un éventuel déclassement du périphérique Laurent Bonnevay, D434. Ou pour le moins, une réduction de la vitesse à 70 km/h sur cette voie à caractère autoroutier et pourtant située en pleine ville ? Les populations de l’est de l’agglo sont oubliées et au premier chef celles qui sont les plus fragiles socialement, celles de Villeurbanne les Buers, Villeurbanne les Brosses, Bron Parilly…

La réduction à 70 km/h des axes à 90 km/h fait pourtant partie des mesures du Plan de Protection de l’Atmosphère de 2014, arrêté par le Préfet.

La station « Périphérique » de mesure des polluants de l’air, mise en place par Air Rhône-Alpes, a permis de constater que la situation à Villeurbanne est identique à celle de la station La Mulatière A7 Sud Lyonnais, considérée comme un point noir routier, en matière de pollution de l’air.

Les mesures faites aux Buers, lors d’une étude Impact en santé, réalisée selon le protocole de l’OMS, révèlent des niveaux de dioxyde d’azote  élevés par rapport aux valeurs réglementaires, avec des concentrations mesurées jusqu’à 67,7 μg/m3,  supérieures à l’objectif de qualité́ de l’air de 40 μg/m3. Elles font apparaître également un niveau de benzène élevé, supérieur à l’objectif de qualité́ de l’air.

Cette étude, met en évidence l’impact des nuisances sur les problèmes respiratoires (asthmes, bronchiolites… et affections hivernales) ainsi que sur la régulation du métabolisme  glucido-lipidique qui est un des facteurs d’explication des surcharges pondérales (surpoids et obésité).

En réduisant aussi les émissions sonores (soit une division par deux du niveau de bruit), une telle mesure serait une mesure forte de qualité de vie et de santé publique.

La réduction des vitesses, on le sait, permet une reconquête de la voirie permettant de recréer un paysage urbain, elle augmente les débits en période de pointe et limite fortement le taux d’accidents.

C’est une mesure de réduction des nuisances indispensable, pour redonner un peu de qualité de vie aux quartiers prioritaires au titre de la Politique de la ville bordés par le périphérique. C’est une mesure de lutte contre les inégalités sociales.

Après ce focus plus localisé, mais pas seulement villeurbannais, car il concerne Bron et Vénissieux également, le groupe La Métropole Autrement votera ce rapport.

 

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