Qualité de l’air

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Intervention d’Anne Reveyrand

Conseil de la métropole du 12 décembre 2016

Monsieur le Président, chers collègues,

Enfin ! Enfin les habitants de notre Métropole entendent la question de la pollution de l’air comme un vrai sujet de problèmes, grâce à Lyon et Villeurbanne, à Paris! Triste privilège! Mais si l’on voit les grincheux-inconscients  se plaindre des contraintes que nous avons vécues ce vendredi,  cet épisode de pic de pollution de l’air aura sans doute contribué à faire évoluer les consciences.

Les medias eux-mêmes ne se sont pas contentés -comme lors de précédents événements de ce type- de parler des désagréments pour les automobilistes et d’interviewer des usagers mécontents : ils ont, cette fois, choisis d’angler le sujet sur la question de la santé et sur le coût humain à long terme de la pollution de l’air. Une véritable information, à souligner, tant la question de l’information reste un vecteur du changement. Et cet électrochoc lyonno-villeurbannais aura provoqué l’écoute de ces messages.

Sans vouloir revenir sur la période particulière de grève de personnel, je voudrais évoquer ici la gratuité des transports en commun. Si aujourd’hui, on est en capacité de proposer une gratuité des transports en commun pour une manifestation festive dont la participation ressort du bon vouloir des individus, alors a fortiori, que ne peut-on la déployer dans cette situation exceptionnelle où les personnes sont dans la contrainte de ne pas utiliser leur véhicule personnel ?

Le refus de gratuité a répondu à une logique de gestionnaire quand il aurait fallu une réponse incitative aux habitants. Incitative d’un autre mode de déplacement possible. Jean-Paul Bret a  eu l’occasion de s’exprimer sur cette question.

Les pics de pollution sont nombreux, parce que la pollution de fond est importante. Cette pollution chronique, en continu, s’avère être plus nocive encore sur la santé.

La population dénonce souvent l’incurie des pouvoirs publics en situation de crise. On a du mal à y répondre si l’on n’a pas construit une réponse globale et anticipée. La Convention « villes respirables en 5 ans »  contribuera à apporter cette réponse.

Sur le court et le long terme, son plan d’application qui nous est proposé a l’intelligence de ne pas se concentrer sur les transports et les déplacements  mais de toucher aussi les secteurs du résidentiel et du tertiaire, celui de l’industrie et de l’agriculture, celui de l’innovation technologique et des technologies numériques, dans une action coordonnée des politiques de la Métropole.

Je salue notamment l’action volontaire sur la question des transports et de la  mobilité. Mais pour les modes actifs de déplacement, je vais me répéter : il y a encore beaucoup à faire sur le déplacement piéton avec des cheminements paysagers qui bénéficieraient, au passage, à la biodiversité. Aujourd’hui, la ville n’est vraiment pas faite pour celui qui marche ! C’est aux aménités qu’il faut penser pour voir les piétons se multiplier.

Au-delà de la contrainte sur les véhicules les plus polluants, pensons aussi à la production de non-mobilité pour supprimer des déplacements inutiles, à la question de la livraison des marchandises : des plateformes de logistiques en ville, à  inclure dans les aménagements urbains à venir, au stockage d’une partie du carbone dans les plantes et dans les sols, par une végétalisation de nos villes…

On parle beaucoup dans ce rapport d’une mesure phare : le déclassement de l’A6-A7 qui présente des effets très positifs en matière de réduction de la pollution pour les populations riveraines. Mais nous souhaitons avoir des garanties quant à des mesures d’ensemble qui éviteront le report de trafic de transit sur les voies Est de l’agglomération, la rocade Est notamment ? Le report de quelques 15 000 véhicules par jour sur cette Rocade ou sur le périphérique Laurent Bonnevay n’est pas envisageable tant ils sont déjà saturés. Je suis ravie d’entendre Gérard Collomb  parler de « désaturation » par une circulation au plus large de l’agglomération.

Justement pour le périphérique Laurent Bonnevay, D434, voie à caractère autoroutier et pourtant située en pleine ville, avec une pollution comparable à celle de La Mulatière, quid d’une réduction de sa vitesse à 70 km/h ? Il est cité en page 9 de la convention, comme à mettre à l’étude et puis plus rien. Or cette mesure fait pourtant partie des mesures du Plan de Protection de l’Atmosphère de 2014, arrêté par le Préfet.

L’amélioration de la qualité de l’air, c’est avant tout un enjeu de santé publique mais aussi de réduction des inégalités sociales. Car ce sont les populations les plus défavorisées, les plus fragiles socialement qui en sont le plus souvent les victimes.

48 000 décès prématurés, ce sont des grands chiffres nationaux ; mais dans le  quartier des Buers, à Villeurbanne, une étude d’impact en santé, réalisée selon le protocole de l’OMS, que j’ai citée ici même en ce début d’année, révèle des niveaux de dioxyde d’azote et de benzène élevés par rapport aux valeurs réglementaires. Cette étude, met en évidence l’impact des nuisances sur les problèmes respiratoires ainsi que sur la régulation du métabolisme  glucido-lipidique qui est un facteur de surpoids et d’obésité.

La réduction des vitesses a bien d’autres avantages et notamment celui de fluidifier la circulation en augmentant les débits en période de pointe. Elle permet aussi une reconquête des paysages urbains et de réduire par deux le niveau de bruit.

C’est une mesure de réduction des nuisances indispensable, pour redonner un peu de qualité de vie aux quartiers prioritaires au titre de la Politique de la ville bordés par le périphérique, à Villeurbanne, Bron ou Vénissieux.

Les mesures prises par le Conseil des ministres ce samedi, après cet épisode de pollution particulièrement intense et long devraient rejoindre celles prises par l’Union européenne jeudi dernier, concernant les plafonds d’émissions des polluants de l’air et l’extension de la liste des polluants aux particules fines PM 2,5.

Certaines des mesures prises par le gouvernement s’imposeront désormais au Plan Oxygène : les zones de circulation restreinte (déjà au centre du plan),  la vignette Crit’Air incluant le niveau de pollution d’un véhicule feront donc désormais partie de notre Plan Oxygène. Elle nous est imposée et c’est tant mieux. Les dispositifs pour accélérer la mutation du parc automobile -incitation à l’acquisition de véhicules propres pour les ménages et les entreprises, renouvellement des flottes publiques de transport avec des bus électriques ou au biogaz en centre-ville…) seront complémentaires des dispositifs du Plan Oxygène.

Si jusqu’à aujourd’hui, les habitants n’avaient pas pris la mesure de l’ampleur de la pollution et de ses conséquences, c’est désormais avec eux, en toute connaissance de cause, que nous mettrons en œuvre ce Plan Oxygène. Il est un plan de salubrité publique, pour une ville à vivre.

Le groupe La Métropole Autrement votera bien évidemment ce rapport, tout en restant attentif à sa mise en œuvre.

Je vous remercie de votre attention.

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