L’organisation du voyage-mémoire à Auschwitz Birkenau

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Intervention de Damien Berthilier

Conseil de la métropole du 15 décembre 2017

 

Monsieur le Président, chers collègues,

Chaque année depuis la création de la métropole de Lyon, notre voterons cette délibération permettant l’organisation du voyage-mémoire à Auschwitz Birkenau.

Il est toujours utile de s’interroger sur le sens d’un tel voyage. Est-ce bien utile d’aller si loin, plus de 70 ans après ? Pourquoi ne pas aborder également les autres crimes et génocides de l’Histoire ? Ces questions sont parfois relayées par les collégiens eux-mêmes. Elles sont légitimes si elles tendent à comprendre les idéologies de la haine de l’autre, de la traite d’humains vus comme inférieurs ; si elles ont pour objet de reconnaître toutes les souffrances vécues dans l’Histoire. Les professeurs savent y répondre et la métropole soutient beaucoup d’autres projets mémoriels.

Mais cette question est nauséabonde s’il s’agit d’opposer les victimes, d’organiser une concurrence victimaire morbide. C’était d’ailleurs déjà un des enjeux du procès Barbie il y a 30 ans à Lyon entre la défense d’une part et l’accusation et les parties civiles d’autre part. Il s’agissait de condamner pour la première fois en France pour crime contre l’Humanité. Il s’agissait de faire reconnaître la spécificité de la Shoah : l’élimination systématique et industrialisée des Juifs d’Europe des enfants aux personnes âgées. Tuer des individus non pas pour leurs idées ou leurs combats mais simplement parce qu’ils sont nés. Cela ne s’est pas simplement passé dans l’Europe de l’est, mais chez nous en France et particulièrement dans la région lyonnaise.

Cette concurrence mémorielle est donc une injure faite à aux victimes de tous les crimes de l’Histoire. Et ne serait-ce que pour cette raison, ce voyage est nécessaire. Il est nécessaire aussi parce que le récit ne suffit pas tout restituer. Vous me permettrez de citer ici Elie Wiesel dans son témoignage au procès Barbie :

Les mots manquent… Comment dire… Comment raconter la nuit ? Je ne sais pas. Comment raconter la sélection à l’arrivée à Auschwitz ? Je ne sais pas. Comment raconter l’enfant que l’on sépare de son père ? Je ne sais pas. Comment raconter la douleur muette d’une petite fille qui a peur de pleurer ? Je ne sais pas. Comment raconter les cortèges infinis qui traversaient le paysage polonais, des  hommes, des femmes, des enfants, des rabbins et des fous, des marchands et leurs clients ? Comment raconter leur mort ? Je ne sais pas.

 

Mesdames et messieurs, aller à Auschwitz, c’est faire l’expérience de l’enfer, c’est ressentir la présence de ces vies assassinées au nom de l’idéologie nazie. Pour les collégiens, comme pour les élus qui les accompagnent (et j’invite mes collègues qui n’y sont jamais allés de prendre le temps de le faire), c’est une expérience qui marque à vie. Nous sommes aujourd’hui confrontés à la disparition des témoins mais les historiens prennent le relais. Il faudra envisager l’évolution du format du voyage pour l’élargir à d’autres lieux de mémoire, et tenter de le relier à l’actualité de l’Europe née des décombres de la seconde guerre mondiale mais dont les vieux démons ressurgissent régulièrement.

Le passé doit éclairer le présent et l’avenir. Car oui l’antisémitisme est vivace, oui il tue encore aujourd’hui. Car c’est la haine du Juif qui fit envoyer Barbie aller chercher par un matin de printemps 44 enfants dans la paisible colonie d’Izieu pour qu’ils soient gazés pour la plupart dès leur arrivée à Birkenau. Et c’est la même haine du Juif qui motiva un terroriste, Mohamed Merah à tuer des enfants dont une petite fille à bout portant d’une balle dans la tête dans la cour d’une école. Ne l’oublions jamais.

Car ce qui menace notre société, c’est l’oubli, l’indifférence à ces crimes qui sont la négation même de l’Humanité.

Mes derniers mots seront ceux d’Elie Wiesel :

Le tueur tue deux fois. La première fois en donnant la mort, la seconde en essayant d’effacer les traces de cette mort. Nous n’avons pas pu éviter la première mort, il faut à tout prix empêcher la seconde. Cette mort là serait de notre faute.

 

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