Intervention d’Anne Reveyrand concernant la politique agricole de la Métropole de Lyon 2018 – 2020

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Intervention d’Anne Reveyrand

Conseil de la métropole du 16 mars 2018

Merci Monsieur le Président,

Monsieur le Président, chers collègues

La mode est aujourd’hui à l’agriculture urbaine. On a eu vite fait depuis quelques années de transformer les jardins vivriers familiaux ou partagés en espaces d’agriculture urbaine, avec beaucoup de confusion. Si ce mode d’agriculture peut trouver sa place en ville, notamment sur certains types de produits, elle n’a toutefois pas vocation à assurer l’autonomie alimentaire de nos métropoles.

Elle ne doit pas nous faire oublier qu’il existe des agriculteurs en zone rurale et parfois péri-urbaine qu’il est de l’intérêt de tous de voir continuer leur activité professionnelle. Les exploitations agricoles de nos territoires doivent trouver les conditions de leur pérennité car elles assurent à la population des services qui lui sont indispensables : nourriture, espaces nature de loisirs, protection des paysages et d’une biodiversité indissociable de notre survie…

Aménagement de notre territoire

23 % du territoire sont exploités par l’agriculture. Mais depuis l’année 2000, nous avons perdu 44 % de nos exploitations agricoles. Pour une activité essentielle à la vie de nos territoires, ce chiffre doit nous alarmer et doit faire l’objet d’une prise en compte particulière. Ce rapport de politique agricole de la Métropole est majeur pour l’équilibre de notre territoire. La précédente politique agricole de 2006 à 2018 n’a eu de résultats que faibles. Les moyens financiers sont-ils insuffisants ? La volonté de stopper la pression foncière est-elle bien toujours là ?

Il est indispensable de créer des conditions favorables à nos agriculteurs, lors de leur installation, tout comme dans la rémunération de leur production.

En 2010, 62 % des agriculteurs avaient plus de 50 ans, nous est-il dit sur le document présenté en commission, mais c’était en 2010 ! 8 ans après ils ont certainement 8 ans de plus, en tout cas, on peut le leur souhaiter et s’approchent de la retraite. Et je doute que le renouvellement ait fait tomber leur pourcentage, tant il est difficile aujourd’hui pour de jeunes agriculteurs – je devrais plutôt dire nouveaux agriculteurs, car ils se lancent quelquefois tardivement dans une reconversion professionnelle vers l’agriculture – de trouver le foncier et le bâti nécessaires à une installation car dans ce métier, on n’est plus guère dans une transmission familiale. La cession des bâtiments agricoles existants doit se faire avec les terres et la question de l’unité agricole est particulièrement importante car elle conditionne la viabilité des exploitations.

Les agriculteurs ne sont propriétaires que de 20 à 25 % des surfaces qu’ils exploitent.

Pour contrer la pression foncière, particulièrement forte dans notre Métropole, la mise en place des périmètres PENAP sur près de 10 000 ha aurait pu se montrer efficace mais elle a été mise en place il y a à peine 4 ans. Le plein  exercice de ce droit de préemption devrait pouvoir renforcer la préservation des espaces agricoles.

La formidable initiative qu’est Terre de lien dont l’objet est de préserver la vocation agricole et nourricière des terres avec sa Foncière et sa Fondation pour favoriser l’éclosion de fermes à taille humaine mériterait d’être aidée. Elle a en son temps soutenu dans le Rhône la Ferme du Bas Marjon à Soucieux en jarest.

Les objectifs sont intéressants, de cette nouvelle politique agricole Installer 3 nouveaux exploitants par an, avec des espaces tests agricoles  recourir à une main d’œuvre locale formée, organiser des services de remplacement, favoriser de bonnes conditions d’activités…

En matière de développement économique, nos 340 exploitations avec leurs 700 emplois directs sur le territoire génèrent près de 9 000 emplois dans 900 entreprises de fabrication de machines agroalimentaires, de commerce de gros, de transformation etc.

Pour ce qui est de la commercialisation, beaucoup d’efforts sont entrepris par les agriculteurs avec la vente directe et la transformation à la ferme pour trouver une juste rémunération de leurs produits. Mais les conditions ne sont certainement pas réunies pour des installations en bio et des conversions car on constate que seulement 6 exploitations sur 340  travaillent en bio, à la différence de certains territoires comme la Drôme bien connue pour son nombre d’agriculteurs bio. Et pourtant le contexte urbain de notre Métropole offre un débouché important de commercialisation de produits bio. Les consommateurs français continuent d’augmenter significativement la part des produits bio dans leur panier de courses ! La dynamisation ou la création de marchés bio suffira-t-elle à générer un réveil de l’offre sur notre Métropole ?

Pour faciliter la mise en relation producteurs / consommateurs, il reste indispensable de faire connaître et de mettre en valeur nos fermes et nos paysans. Le rapport propose une aide à l’implantation de lieux de vente groupée en circuits courts, des magasins de producteurs (et je découvre qu’il n’y en a que 8 dans la Métropole !!!! C’est bien peu !). Le développement d’une valeur ajoutée par vente à la ferme qui présente l’immense avantage de créer un contact direct des citadins avec le monde paysan.

Le défi des 160 miles des premiers locavores américains s’est transformé en 50 kilomètres en France : le challenge devient compliqué.

Cela pose à la Métropole  un problème de fond, connexe : quelle stratégie alimentaire souhaitons-nous conduire ? Vaste sujet auquel il sera nécessaire de s’attaquer rapidement.

Par ailleurs, les impacts du changement climatique sur l’agriculture, soit  la moindre disponibilité en eau dans le sol, le développement de nouvelles maladies et l’arrivée de nouveaux insectes ravageurs, doivent amener progressivement  les agriculteurs à cultiver avec le sol et la topographie et non pas contre, à cultiver des espèces et des variétés adaptées à ces nouvelles conditions.

On peut s’étonner que les mesures agro-environnementales, bonnes pour la production, les sols et aussi l’homme qui cultive soient encore à promouvoir ! Tant les lobbys à l’œuvre sont puissants, sans doute malgré les formations à ces pratiques dans les établissements agricoles.

La demande de la société ne se fait sans doute pas assez entendre sur cette question des  pesticides et de la préservation de la ressource en eau potable.

Un autre point que je voudrais souligner, avant de conclure : on ne peut que souhaiter l’autonomie des exploitations pour l’alimentation animale ou pour les semences, l’évitement des intrants, la moindre consommation des réserves en eau, la biodiversité contre les insectes ravageurs… cette autonomie peut aussi s’organiser via des échanges  entre exploitations au niveau d’un territoire contigu parfois hors Métropole. C’est un retour à une vision millénaire de la production agricole, pleine de bon sens, qui devrait savoir s’exonérer d’une industrie qui la conduit à subir une dépendance.

Encore une fois, le véritable problème tient dans la destruction d’un milieu qui participe intrinsèquement de la vie des urbains. A l’heure où l’on parle tant de consommation alimentaire locale et solidaire, à l’heure où l’on parle tant de trames vertes et bleues, d’agriculture urbaine, pour les agriculteurs, comme pour les consommateurs, il est plus que jamais nécessaire que nous nous engagions réellement dans la solidarité ville/campagne.

Le groupe La Métropole autrement votera bien évidemment ce rapport. Je vous remercie de votre attention.

 

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