Intervention de Damien Berthilier concernant l’attribution d’une subvention au Centre de recherches interdisciplinaires

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Intervention de Damien Berthilier

Conseil métropolitain du 17 septembre 2018

Délibération n°2018-2994 -Territoire éducatif innovant – Attribution d’une subvention au Centre de recherches interdisciplinaires – Année 2018

Monsieur le président,

Chers collègues,

Nous avons largement débattu de cette subvention lors de sa présentation en commission. Tant mieux. Cette politique mérite un vrai débat car elle est centrale pour notre société. Il s’agit donc d’attribuer une subvention au Centre de recherche interdisciplinaire pour faire de la métropole un territoire moteur de la « société apprenante ». C’est une ambition à laquelle on ne peut répondre, de prime abord, que positivement, et nous voterons cette délibération. Mais cette ambition ne peut se résumer à une subvention et doit s’incarner dans un véritable projet éducatif qui fait aujourd’hui encore défaut à notre collectivité.

Affirmer cela, c’est d’abord considérer que la Métropole, plus encore que les autres collectivités de son rang, doit jouer un rôle premier en matière d’éducation. Elle ne peut plus se cantonner à la construction des collèges comme le faisait le Conseil général. Elle n’est plus un prestataire de l’Education nationale mais un véritable partenaire. Certains ici contestent ce rôle, et je respecte leur position. Mais les départements les plus dynamiques ont tous, et depuis longtemps, développé un projet éducatif. En effet, sur des enjeux essentiels comme la laïcité, la citoyenneté, l’égalité femmes-hommes, la lutte contre les discriminations, l’éducation aux médias, la mémoire, la culture, le sport, et sur bien d’autres, la métropole a un rôle premier à jouer, aux côtés de l’Education nationale et avec les communes. Construire ou rénover un collège doit intégrer la dimension pédagogique et doit même anticiper les usages. L’éducation ne se résume pas non plus à ce qui est appris à l’école, c’est d’ailleurs ce qui est entendu par le terme de la société apprenante. On apprend toute la journée, dans sa famille, son environnement, l’association du quartier, etc. C’est donc un écosystème éducatif qu’il faut soutenir.

Il est proposé de développer une antenne du Centre de recherche interdisciplinaire sur la métropole. Ce peut être un simple effet d’aubaine pour ce centre si la métropole n’en suit pas de façon précise le développement. Mais cela peut être aussi un vrai levier pour notre territoire si nous nous donnons des moyens d’ingénierie. L’événement Edumix qui avait permis de repenser l’usage de deux collèges de Vénissieux et de Saint-Fons, avait démontré la pertinence de l’intervention de la métropole sur le sujet. Nous avions été les premiers en France à organiser un tel événement qui avait ensuite apporté des bénéfices concrets dans les établissements concernés. La métropole a toute légitimité pour relier les différents âges de la vie, de la petite enfance à l’université et dans la mobilisation des acteurs économiques et sociaux.

Il y a deux écueils dans l’innovation :  – 1er écueil prendre l’innovation comme une valeur en soi, innover pour innover. On retrouve cet écueil dans l’aphorisme « En Marche !». On ne sait pas pour aller où, pas davantage pour faire quoi, ni encore moins avec qui, mais on marche, car avancer est le but en soi. En matière éducative, cette innovation dépouillée d’objectifs et de valeurs peut déboucher sur des résultats calamiteux qui renforcent les inégalités.

2nd écueil : considérer toute innovation comme un « danger », une « remise en cause » d’une école qui n’a d’ailleurs jamais existé, d’une « privatisation rampante ». La réalité, c’est qu’aujourd’hui l’Ecole est remise en cause par une concurrence de plus en plus féroce. L’émergence de nombreuses officines privées hors contrat, qui empruntent à tort ou à raison des noms pédagogiques célèbres, entraîne de plus en plus de familles et même d’enseignants qui abandonnent ainsi l’établissement de secteur. Donner les moyens aux élèves de nos collèges publics de bénéficier des mêmes innovations technologiques et pédagogiques est donc un enjeu de justice sociale. Il ne s’agit d’ailleurs pas de réinventer avec des anglicismes des principes anciens. Célestin Freinet ne visait pas autre chose quand il disait « Changer l’atmosphère de la classe, en changeant notamment les rapports avec les éducateurs qui apprennent ainsi pratiquement à considérer en l’enfant non l’élève tel que la scolastique en avait dressé l’artificiel prototype, mais l’éminente valeur de la fleur qui va éclore et dont nous devons soigner la fructification ».

Aujourd’hui l’école française sait bien faire réussir les meilleurs ; ceux qui disposent d’un étaiement éducatif permanent. Elle est en revanche une des plus inégalitaires des pays de l’OCDE. C’est donc au service de la réussite de tous que la métropole doit orienter ses priorités et donc utiliser le travail qui sera produit par le CRI, et s’assurer qu’il n’alimente pas seulement ceux qui sont déjà le plus nourris. Le territoire apprenant doit permettre de mobiliser tous les acteurs des territoires les plus en difficulté sociale au bénéfice des enfants et des jeunes de ces quartiers. La métropole devra ainsi être garante du fait que si, tous les acteurs doivent coopérer, une entreprise ne puisse pas dicter le travail pédagogique. La participation active des services académiques, en particulier de la CARDIE (coordination académique de recherche, développement, innovation, expérimentation) est incontournable. Le partenariat avec l’Institut Français de l’éducation, basé à l’ENS de Lyon, est également indispensable pour mutualiser les ressources, croiser les regards et les disciplines.

Enfin, cette subvention doit servir à mobiliser des ressources à l’échelle communale, tant sur le champ de la petite enfance que des écoles primaires. C’est une chance pour faire travailler enfin les communes et la métropole sur la continuité éducative, sur le partage des ressources innovantes, sur l’école numérique. En résumé, se donner les moyens d’être une métropole éducative et un territoire apprenant.

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