Intervention de Richard Llung concernant la révision du plan local d’urbanisme tenant lieu de programme local de l’habitat (PLU-H)

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N° 2019-3507 – Révision du plan local d’urbanisme tenant lieu de programme local de l’habitat (PLU-H) de la Métropole de Lyon – Approbation – Renouvellement de l’institution du droit de préemption urbain

Conseil du 13 mai 2019

Intervention de Richard Llung

Monsieur le président, chers collègues,

En matière de développement, rien ne vaut le PLUH, mais sans la bonne articulation des politiques qui doivent l’accompagner, ce PLUH vaudra peu. Mon propos portera sur trois problèmes politiques qui conditionnent sa mise en œuvre.

Chers collègues, le rythme du développement de la métropole pose problème. Une projection de l’Insee indique que les fameux 150 000 habitants de plus à l’horizon 2030 inscrits au Scot devraient être atteints en 2020, avec près de 10 ans d’avance. Il est vrai qu’à force de se laisser entraîner par la pensée du « toujours plus » — toujours plus de rayonnement, toujours plus d’attractivité, etc. —, on néglige de mesurer les impacts de cette rengaine.

Toujours plus de logements : c’est l’envolée non maîtrisée des prix du foncier, ce qui conduit à se demander à qui profite le développement. Eh bien, ce n’est pas au bénéfice des classes moyennes ! Lyon a vu sa proportion de cadres multipliée par 3 en 20 ans, celles des employés et ouvriers divisée par 3. L’augmentation des prix et son accélération ces trois dernières années en particulier dans le centre, exclut désormais les ménages aux revenus moyens : ils n’ont plus un accès ouvert à la propriété malgré des taux d’intérêt bas et de moins moins les moyens d’assumer des loyers en augmentation. Pour ces familles, « toujours plus » signifie habiter toujours plus loin de l’emploi et l’usage de la voiture. Pour notre collectivité sous pression, c’est une mixité sociale en déshérence et un profond déséquilibre territorial qui sont en cours.

Dans mes précédentes fonctions ici, j’ai souhaité activer un outil, le secteur de taille minimale de logement (STML), pour endiguer le double phénomène de réduction des surfaces des logements et d’inflation des prix. Je regrette que seule Villeurbanne en fasse un usage étendu car c’est insuffisant. D’autres leviers d’ailleurs doivent être activés, notamment une stratégie foncière capable de régulation du marché ou une limitation des projets de vente des logements sociaux, nous en reparlerons une autre fois. J’ajoute que convenir des bonnes pratiques foncières avec les acteurs de l’immobilier puis les faire respecter doit faire partie de notre arsenal. La métropole de Bordeaux le fait : elle n’a pas la réputation d’être gauchiste. Le slogan « le logement pour tous » d’accord, mais le réaliser c’est notre travail.

Si ce rythme de développement révèle les politiques qui manquent, il en désarticule d’autres comme celle des Transports en commun (TC). C’est le deuxième point de mon propos.

Plus d’attractivité, c’est plus plus de voitures, de bouchons et de pollution de l’air, car le bon report modal vers les TC concerne essentiellement le centre, trop peu autres bassins de vie et encore moins les usagers qui viennent de plus loin. Puisque la métropole est un moteur économique, alors elle doit l’assumer en développant des solutions capables d’aller chercher au-delà de ses limites administratives des usagers, beaucoup d’usagers, et de desservir mieux ses habitants, beaucoup d’habitants.

Une mise à l’échelle massive des TC est la solution à la hauteur de l’urgence environnementale pour éviter l’invasion automobile, réduire le trafic de plus de 30% aux heures de pointe, réduire la pollution de l’air bien plus que la ZFE ne le pourra jamais, et conduire les ménages à choisir les TC à la faveur d’un pass mobilité attractif.

Peut-on dans ce contexte envisager sérieusement de dépenser 3 milliards d’€ pour un anneau des sciences routier et engloutir plus d’un mandat d’investissement du Sytral dans une ligne de métro sortie d’un chapeau électoral ? Ligne qui ne serait pas reliée à la gare de la Part-Dieu à l’Est (ou bien ce sera encore plus cher), ni à l’étoile ferroviaire de l’ouest lyonnais sans rupture de charge : c’est aberrant. A l’ouest, le point stratégique est la gare de Tassin, non la halte d’Alaï.

Pourquoi ce projet alors que le tram-train de l’Ouest Lyonnais existe et son potentiel sans commune mesure ? Il va chercher les usagers de Brignais, de Saint Bel et de Lozanne. Ses trois branches desservent les habitants de Francheville, de La Tour de Salvagny, de Charbonnières, de Dardilly, de Tassin et d’Écully jusqu’à Gorge de Loup (ligne D) et Saint Paul en mode train.

Que manque-t-il alors pour relier Saint-Paul à la Part-Dieu en mode tram sans descendre du train et rendre le tout enfin attractif ? Deux petits kilomètres, pour une réalisation plus rapide et un cout probablement dix fois moins élevé que celui du métro E. La participation au financement des 40 M€ pour le nécessaire doublement du tunnel des deux amants n’est pas un réel obstacle.Alors oui, il faut pour cela que le tram traverse la presqu’île en surface, comme cela était prévu dans les années 90 mais stoppé en 2001 : eh bien c’est ça qu’il faut mettre à la consultation publique ! Car nous ne sommes plus en 2001 et parce qu’il faut savoir ce que l’on veut.

Dernier point : toujours plus d’habitants c’est un plus grand besoin d’équipements publics essentiellement communaux. Cela aussi interroge la métropole que nous construisons : une métropole qui défend son intérêt de court terme en s’accaparant les recettes contre les communes ? Ou une métropole stratège qui les accompagne dans les outils de financement — en réalité pour son propre développement — au bénéfice des habitants qui par définition… habitent tous une commune de la métropole. J’ai pour ma part formulé ici plusieurs propositions, elles restent d’actualité et je n’y reviens pas.

Chers Collègues, le rythme du développement révèle la lenteur de la métropole à mettre ses politiques au diapason et cela fait contraste avec des décisions à prendre, à la hauteur de l’urgence environnementale et sociale. Le PLUH ne peut pas tout. Il reste cependant, dans ce contexte, un document solide et salutaire. Jean-Paul Bret a exprimé le vote favorable qui sera émis par le groupe pour ce document et j’y souscris.

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