Intervention d’Anne Reveyrand concernant la stratégie alimentaire métropolitaine

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Conseil de Métropole du 24 juin 2019

Anne Reveyrand

Délibération 2019-3625 : Stratégie alimentaire métropolitaine.

Monsieur le Président, chers collègues,

Je dirai d’abord qu’on a longtemps, dans notre histoire récente, disserté sur la valeur symbolique de l’alimentation, culturelle, sociale, de lien à un terroir,  mais qu’aujourd’hui, on passe à des titres dans la presse sur la précarité alimentaire, les procès d’agriculteurs à l’entreprise Monsanto, la toxicité du Chlopyrifos longtemps passée sous silence, les mauvaises conditions d’élevage industriel, la perte de biodiversité liée à l’usage des pesticides, les maladies induites par nos comportements alimentaires, la disparition de nombre d’exploitations agricoles …

Ces sujets montrent la complexité de cette problématique. Les enjeux sont multiples et la délibération proposée aborde les enjeux environnementaux, économiques, sociaux de la question alimentaire qui mérite une vision systémique. Il s’agit de penser ensemble la production,  l’approvisionnement, la distribution, la consommation individuelle et collective.

Je commencerai par les questions environnementales. La production se doit  d’être responsable eu égard aux ressources naturelles et à la biodiversité,  bien sûr, mais elle doit aussi préserver la santé des agriculteurs tout comme celle de la population de nos campagnes. Et, à ce titre, je rappelle que la Ville de Villeurbanne lors de son Conseil municipal du  21 mars 2019 a rejoint l’Appel des coquelicots lancé par Fabrice Nicolino, contre l’usage des pesticides en agriculture.

La production agricole ne peut être déconnectée de la question de la santé. Tout comme la consommation est également une affaire de santé car notre premier médicament est notre aliment.

Les produits transformés avec leur lot de graisses, de sel et de sucres ou ultratransformés avec l’ajout d’ingrédients, texturants, colorants, exhausteurs de goût, etc. -indéchiffrables d’ailleurs pour le consommateur-, sont riches… en apport de maladies cardio-vasculaires, diabètes, obésités, et sont supposés par les scientifiques, intervenir dans le processus de certains cancers. Pour la première fois depuis les années 1950, on constate en France une baisse de l’espérance de vie en bonne santé. Il faut sans aucun doute mettre en relation tout cela.

Ces produits transformés, nous avons du mal à lutter contre car ils sont souvent synonymes de « valeur », contrairement à un produit brut, notamment aux yeux de populations en difficulté économique. Une brioche industrielle au chocolat (je ne citerai pas de marque, bien sûr) plutôt qu’une pomme, par exemple est parfois perçue comme « meilleure » avec des guillemets pour le goûter de l’enfant, eu égard à l’effort fait pour l’acheter.

Ces aliments transformés sont le produit de l’innovation, du progrès alimentaire de l’après deuxième guerre mondiale et de la course effrénée aux bénéfices de l’industrie agro-alimentaire menée par de grands groupes mondiaux.

Ce sont ces mêmes groupes qui amènent la disparition de petites exploitations qui font les paysages de moyenne montagne dans nos régions. La production agricole est donc aussi une question d’aménagement du territoire, en ce qu’il est pour nous, villes, nécessaire de protéger la survie des exploitations, que ce soit en péri-urbain ou en milieu rural. Certains agriculteurs s’inquiètent sérieusement du maintien en zones agricoles des terres qu’ils louent. Quid de la maîtrise du foncier hors Métropole ?

Nos achats conditionnent la vie des paysans, comme on les appelle à nouveau (avec toute la noblesse du nom). Ils doivent s’exercer sur le mode « circuits courts » et en cela,  je n’évoque pas la distance mais le nombre d’intermédiaires. Ils sont aussi le témoignage d’une nécessaire solidarité entre villes et campagnes. A Villeurbanne, nous sommes très fiers d’avoir contribué à créer des emplois sur une exploitation agricole,  par notre engagement à l’achat de produits laitiers sur le long terme: non pas sur notre territoire mais à Mornant. C’est un exemple.

Les contrats de réciprocité sont très certainement à explorer, qui pourraient permettre des échanges sur des thématiques différentes (culture /agriculture par exemple) entre territoires ruraux et urbains.

Je reviendrai sur le bio aujourd’hui attaqué fortement. Il est tout de même un moyen d’avoir certitude que le produit ingéré ne contient pas des résidus de pesticides, contrairement à une soi-disant agriculture raisonnée que nul ne peut contrôler. Bien sûr on aura beau jeu de dénigrer le bio, accusé à tort de consommer l’espace naturel. Accusé à raison quand il est produit sous serre énergivore ou à l’autre bout du monde et permet à certaines collectivités de déclarer des pourcentages importants de bio dans les cantines … Espérons que ce ne sera pas le cas des collèges de la Métropole

Dans une approche de changement climatique, je soulignerai aussi l’intérêt de diminuer notre empreinte carbone par une proximité d’approvisionnement évitant de longs transports, coûteux en Gaz à effet de serre, par des produits de saison évitant la culture sous serres chauffées (sauf quand on fait appel à la récupération d’énergie fatale ou à d’astucieux systèmes d’accumulation de chaleur comme à la Ferme de l’Abbé Rozier, par exemple). L’intérêt du recours à la protéine végétale, de considérer qu’un repas sans viande peut être un vrai repas, également !

Pour aller plus loin, et boucler la boucle, il convient de se poser la question du gaspillage alimentaire dans l’industrie agro-alimentaire comme dans les commerces de distribution, ou en préparation culinaire, les solutions de don comme celles de compostage des biodéchets (un bon tiers de nos poubelles, tout de même !) ont le vent en poupe.

Pour autant cette délibération fait l’impasse sur les communes dont le rôle assumé depuis plusieurs années est de proposer une éducation à l’alimentation. C’est dans les communes qu’est favorisée la relation avec des producteurs identifiés par les habitants dans des AMAP ou des marchés de producteurs créés par les Villes.

Ne négligeons pas toutes les situations de pédagogie : auprès des enfants en restauration collective, comme auprès des adultes (des jeunes actifs aux seniors), via les Jardins familiaux ou partagés, les Incroyables comestibles, les centres sociaux, les activités périscolaires, des structures associatives telles que Légum’ologis l’AFEV ou la Légumerie, par exemple, les services-mêmes des villes (santé, politique de la ville, personnes âgées jusqu’aux CCAS…) très actifs sur cette question.

Ce sont elles qui sont au plus près des habitants et leur donner des moyens pour agir plus largement est aujourd’hui essentiel.

Car il nous faut donner aux populations en difficulté économique le moyen de se nourrir mais de se nourrir sainement. La précarité alimentaire est bien pointée du doigt par l’étude réalisée, d’autres en ont parlé avant moi. Pourquoi être pauvre devrait-il se doubler d’une mauvaise alimentation ?

La façon de se nourrir est un enjeu de la transition énergétique. Relevons ce défi central pour nos modes de vie.

Une remarque finale : pour nos cuisines centrales équipées de légumeries afin de transformer en direct le produit brut, nous attendions depuis longtemps une stratégie de la Métropole, notamment sur la structuration des filières d’approvisionnement, nous restons un peu sur notre faim, si je peux m’exprimer ainsi ! A Villeurbanne, cela ne nous empêchera pas d’avancer dans notre soutien aux paysans.

Si le rapport s’intitule « Stratégie alimentaire métropolitaine », c’est un peu à tort, car il s’agit surtout des modes d’élaboration d’une stratégie qui nous proposés là.

Le groupe La  Métropole autrement votera ce rapport qui constitue tout de même une avancée.

Je vous remercie de votre attention.

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