Intervention de Jean-Paul Bret concernant le dispositif Soif de République

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Conseil de Métropole du 8 juillet 2019

Délibération N° 2019-3597 – Soif de République – Convention-cadre avec l’État 2019-2020 – Mise en oeuvre du dispositif –

Intervention de Jean-Paul Bret

Monsieur le Président, chers collègues,

Cette intervention est commune avec le groupe socialistes et apparentés.

La délibération qui nous est proposée aujourd’hui par la Métropole concerne le dispositif « Soif de République », déclinaison préfectorale du plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, présenté en 2018 par le Premier ministre.

Cette délibération, qui était déjà à l’ordre du jour du conseil de mars dernier, avait finalement été retirée. Elle nous est à nouveau proposée aujourd’hui, dans une version assez similaire, un premier paragraphe, assez confus, en moins.

Toutefois, des interrogations persistent. De quoi relève exactement « Soif de République » ? Car à la lecture de la délibération et de la convention-cadre annexée, on ne voit pas bien. S’agit-il d’actions d’éducation aux valeurs républicaines ? S’agit-il d’actions d’intégration ? De politique de la ville ? A moins qu’il ne s’agissent de lutte contre la radicalisation ? Ou encore d’égalité femmes-hommes ?

J’attire d’ailleurs votre attention sur la façon dont le lien est ici fait entre dérives identitaires, fondamentalisme et atteintes aux droits des femmes. Ce n’est pas neutre. Et il ne faudrait pas que par des raccourcis rapides et des sous-entendus malencontreux – peu contextualisés, peu développés, peu expliqués – il ne faudrait pas que cela provoque l’inverse de ce qu’est censé combattre un plan contre le racisme et l’antisémitisme. Racisme et antisémitisme qui, comme chacun le sait, se nourrissent d’amalgames, de préjugés et de représentations, que nous avons collectivement tout intérêt à ne pas relayer.

Il est toujours tentant de jeter l’opprobre sur d’autres. Mais pour le faire, encore faut-il être soi-même exemplaire. A titre d’illustration : la dernière enquête de l’Ined sur les violences sexuelles confirme qu’elles concernent tous les milieux sociaux. Et que ce sont les femmes cadres, exerçant des professions intellectuelles supérieures, qui déclarent le plus avoir subi des agressions sexuelles. La recherche scientifique est toujours éclairante. Et les enjeux liés à lutte contre le sexisme, et à l’égalité femmes-hommes en général, sont bien trop importants pour être circonscrits à tel ou tel domaine, à tel ou tel milieu, à tel ou tel groupe en particulier.

Ce qui est assez net en revanche avec « Soif de République », c’est ce qu’il n’est pas. A l’évidence, il ne s’agit pas de lutte contre les discriminations – puisque du terme même, il n’est nullement fait mention. Voilà qui a de quoi surprendre quand on entend combattre le racisme. Surprenant et bien regrettable aussi. D’autant plus que le plan officiel du gouvernement demande bel et bien la réalisation d’« au moins 50 plans territoriaux de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations ».

Vous le savez comme moi, les mots ont un sens. Leur omission aussi. La première façon d’ « invisibiliser » un problème est de ne pas le nommer. C’est loin d’être anodin. Mais si c’est un oubli, il n’est jamais trop tard.

L’autre grande absente de la délibération, c’est l’égalité. Ce qui, là encore, a de quoi surprendre quand on souhaite « promouvoir les valeurs de la République ». L’égalité est pourtant la première d’entre-elles. La plus difficile aussi à appliquer. Car l’égalité ne se décrète pas. Elle se construit. C’est la demande que nous formule nos concitoyennes et nos concitoyens. Et il serait temps de l’entendre.

Le dernier rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, montre combien les enjeux sont encore devant nous. Que si la tolérance globale progresse dans la société – en particulier chez les jeunes générations -, elle s’accompagne, dans le même temps, d’une augmentation des manifestations racistes (actes et propos), et d’une persistance des discriminations ethno-raciales – liées à une couleur de peau, à l’origine ou à une religion réelles ou supposées – qui sapent l’accès aux droits fondamentaux, à l’emploi, à un logement, à la santé, à l’éducation, comme Villeurbanne a pu le mesurer dans ses testing au logement ou encore au crédit bancaire. Nous sommes bien là au coeur des enjeux d’égalité. Et il serait temps de les voir.

Aujourd’hui, plusieurs dizaines de collectivités en France mènent une politique volontariste et structurée contre les discriminations, pour beaucoup rassemblées au sein d’un réseau d’élu.es locaux dont le siège est à Villeurbanne.

Nous ne pouvons qu’encourager la Métropole à s’inscrire à son tour dans ce mouvement et à montrer l’exemple. L’enjeu est majeur. Car pour notre pays, pour notre République et pour les personnes qui les vivent, les discriminations sont un véritable fléau.

Alors, pour résumer : proclamer sa « Soif de République », c’est bien. On ne peut, sur le principe, qu’y adhérer. Encore faut-il qu’elle s’accompagne d’une réelle faim…d’égalité.

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