Intervention d’Anne Reveyrand concernant la mobilisation des acteurs bancaires pour une démarche de financement vert et social

cropped-couverture1-e14894030686172.jpg         Logo-PRG           Ps-france-2016.svg

Intervention d’Anne Reveyrand

Conseil de Métropole du 30 septembre 2019

Délibération 2019-3793

PCAET – Démarche finances et climat.

 

Monsieur le Président, chers collègues,

Je parlerai au nom des trois groupes, Socialistes et apparentés, Parti radical de gauche et La Métropole autrement.

Nous voulons souligner l’importance de ce rapport qui propose d’adopter une démarche globale d’analyse financière des efforts consentis pour la transition énergétique et de construire un outil de pilotage finance climat pour les collectivités. Mais surtout, il a vocation à interroger les organismes financiers sur leurs pratiques en matière de désinvestissement carbone et de financement des actions favorables à notre environnement. Car la France est loin d’avoir enregistré dans les faits l’accélération nécessaire à l’atteinte de ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Qui doit agir ? le citoyen avec ses choix de consommation et ses écogestes qui n’apporteront au mieux qu’une baisse de 10 % à 20 % de l’empreinte carbone moyenne ? l’État, les collectivités locales ? les entreprises ? En réalité, le combat ne pourra être gagné que s’il est mené sur tous les fronts.

Il faut aujourd’hui arbitrer entre le sauvetage d’une planète en péril et celui de certaines banques dont le modèle d’affaires n’est plus viable depuis longtemps.

Du 26 septembre au 4 octobre se déroule la Semaine de la finance responsable. La finance responsable semble plébiscitée par les Français. Six Français sur 10 déclarent, dans leurs décisions de placements, accorder une place importante aux impacts environnementaux et sociaux (lutte contre la pollution, contre le réchauffement climatique et protection de la biodiversité, essentiellement). C’est globalement un doublement de la demande depuis l’an dernier en France. Cela nécessite que le secteur bancaire européen se convertisse pour de bon à la nécessité de cette transition au lieu de se donner une image vertueuse en émettant des obligations vertes tout en continuant d’accorder, sur 10 € de financement des énergies, en moyenne 7 € aux hydrocarbures pendant que seulement 2 € sont destinés au financement des énergies renouvelables.

C’est une étude OXFAM de novembre 2018 qui nous le dit.
Les refinancements apportés par les banques centrales aux banques devraient être conditionnés à l’implication des banques dans la transition écologique. Faire dépendre les taux, de cet effort. Il faudrait donner à la Banque centrale européenne la mission de financer la transition écologique, en refinançant la Banque européenne d’investissement ou un réseau de banques publiques européennes missionnées pour financer les infrastructures vertes dont nous avons besoin et sans lesquelles nous n’atteindrons jamais les objectifs de décarbonation que nous nous sommes fixés dans les accords de Paris pour le climat. Le montant à ce jour des obligations vertes émis sur le marché financier, de 200 milliards de dollars en 2019, est un montant largement insuffisant et est à amplifier considérablement. Mais surtout il faut certifier. Certifier aux investisseurs par des audits indépendants vers quels actifs vont les fonds levés est à ce jour primordial pour le développement d’une finance responsable. Le cadre de référence est aujourd’hui bien trop large.

Par exemple, quand Engie et le Crédit agricole en 2014 émettent des obligations vertes pour financer la dette qui permettra de construire un grand barrage en Amérique latine : oui, il représente une avancée en matière de développement et d’usage d’une énergie renouvelable, mais ils oublient bien vite qu’il s’agit de financer un désastre pour les populations locales et pour la biodiversité. Certifier l’impact en émissions de CO2, le caractère bénéfique pour l’environnement semble une évidence.

On parle beaucoup de la sortie du charbon, mais quid de la sortie du pétrole et des gaz de schiste ? Peu l’abordent.

Les règles restent donc à préciser pour éviter aussi le risque d’écoblanchiment, des banques qui, un jour, émettent des obligations vertes et le lendemain financent des activités nuisibles au climat.

Les banques devraient avoir un rôle d’accompagnement de la transition climatique. La France manque d’investissements verts. Mais qu’est-ce qu’un actif vert ? On manque de standard aujourd’hui pour le définir. Les labels existent mais ne sont pas générés par l’Etat ou l’UE. Nous avons grand besoin, en la matière, de transparence.

Déjà en 2011, puis en 2015, la Ville de Villeurbanne conduisait une démarche en matière de politique financière plus responsable, inscrivant dans son Plan Climat-Energie Territorial sa préoccupation des investissements climaticides. A ce titre, les banques candidates au marché financier de la Ville ont été questionnées sur leur positionnement quant aux paradis fiscaux et aux investissements pour la préservation de l’environnement. Une limite est vite apparue : l’incapacité de pouvoir contrôler les informations et les auto-déclarations des banques. Puis la réalité qui a été de ne pas trouver de financeur « vertueux ».

Car les banques françaises financent massivement le dérèglement climatique et non la transition énergétique, en finançant des projets et des entreprises. Elles doivent donc orienter une économie qui doit changer, accompagner nécessairement les entreprises vers le décarboné et l’exercice de la RSE. Et pourtant, elles disent financer à 90% une économie « fossile » parce que l’économie est à 90 % fossile. Elles financent ce qui existe aujourd’hui c’est-à-dire une économie très carbonée. On a besoin de connaître leur volonté d’évolution pour réorienter leurs financements vers les nouveaux projets.

N’oublions pas non plus qu’à l’avenir on aura de plus en plus besoin de financements pour réduire et prévenir les risques climatiques. La fréquence des intempéries, inondations, incendies s’accroit. Les pertes liées à l’indemnisation, les risques à financer des entreprises peu vertueuses en matière environnementale seront importants. Le risque climatique c’est aussi un risque financier.

C’est de la responsabilité de la Métropole de mobiliser les acteurs financiers de notre territoire en leur proposant des projets « verts » pour financement et de les accompagner vers le désinvestissement des énergies fossiles.

C’est un signal politique et institutionnel fort. Cette démarche devrait également encourager d’autres décideurs à prendre des engagements pour lutter efficacement contre le changement climatique et financer les mesures d’adaptation nécessaires.

N’allons pas jusqu’à dire que les investisseurs privés peuvent sauver la planète…

Les trois groupes au nom desquels je me suis exprimée, Métropole autrement, Socialistes et apparentés et Parti radical de gauche, voteront ce rapport. Je vous remercie de votre attention.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s