Intervention de Damien Berthilier concernant le débat d’orientations budgétaires 2020

cropped-couverture1-e14894030686172.jpg

Conseil de la Métropole du 16 décembre 2019

Débat d’orientations budgétaires 2020

Damien Berthilier

Monsieur le président, cher(e)s collègues,

Le débat d’orientation budgétaire est un exercice assez convenu. Chaque année, nous retraçons des analyses de la situation économique, jamais sociale, de notre pays et de notre métropole. Comme chaque année, ces analyses de conjonctures ont environ une chance sur deux de se réaliser, et comme chaque année, la discussion sur les priorités politiques passe au second plan. Or c’est bien de choix politiques dont il faut parler. Le document dénote de la bonne gestion de notre collectivité mais il est parfois un modèle de langue de bois, si bien que, comme l’an dernier, je me suis amusé à en relever les perles :

1/ « Le produit des DMTO est directement lié à l’évolution du nombre de transactions immobilières et des prix de l’immobilier sur le territoire métropolitain. En dépit de la volatilité de cette assise, fortement liée à la conjoncture économique, nous pouvons anticiper son augmentation en tenant compte de sa progression lors des derniers exercices. » qui signifie les prix de l’immobilier ont explosé et vont continuer car aucun encadrement n’est prévu. Pourquoi ne pas dire que le côté positif de l’augmentation des recettes de droits de mutations cache la calamité de l’envolée incontrôlé des prix des logements ?

2/ « Réussite de la contractualisation pour l’Etat » alors que toutes les associations d’élus l’ont dénoncée

 « Embellie financière des collectivités » alors que les communes ont déjà attaqué l’os de leurs dépenses de fonctionnement, surtout celle qui étaient vertueuses avant la contractualisation.

La réalité, et on ne le lit qu’en creux dans ce rapport, c’est que la contractualisation nous a en apparence enrichis, alors qu’elle en a réalité réduit notre capacité d’action. Certes, il est indiqué que l’autofinancement augmente et donc notre capacité d’investissement. Mais à quoi sert d’investir si les moyens de fonctionnement ne suivent pas ? C’est un peu comme si une grande collectivité avait réduit sa subvention au syndicat de transports sur un mandat pour ensuite lui demander d’exploser ses investissements dans le suivant.

Dans le document du DOB, cela donne une phrase vide de sens :

3/ « la collectivité a fait le choix d’appliquer un cadrage volontariste visant à respecter le contrat de maîtrise de l’évolution de la dépense locale signé avec l’État tout en permettant le plein accomplissement des choix de politiques publiques ».  Traduction : nous allons serrer les boulons et en même temps nous allons réaliser tout ce que nous voulons. On est forcé d’en conclure que la volonté d’agir n’est pas si grande que cela.

Car rien dans ce document ne laisse penser, cette année encore, que le grand déséquilibre de la création de la métropole sera remis en cause : beaucoup pour l’économique, et peu pour le social. Il y avait deux grandes occasions pourtant : en 2015 avec l’intégration des compétences du département et 2017 au moment du changement de présidence, mais il est vrai qu’à ce moment-là, il fallait s’inscrire dans les pas de l’incriticable prédécesseur. Je garde un souvenir assez vif de mon intervention en commission permanente en 2016 lorsque j’osais demander des ajustements. Je me souviens du soutien de mes collègues- alors encore socialistes- si intense du regard et si discret de la voix.

Oui, si nous osons nous écarter de la doxa budgétaire, nous pouvons hisser la métropole au niveau des départements audacieux en matière de politique sociale, éducative et écologique. Certes, nous avons noté des inflexions depuis un an, sur la prise en charge des mineurs non accompagnés, des mères isolées avec enfants, sur l’appel à projet dans les collèges, etc. Mais ce n’était qu’un petit rattrapage du retard légué par le conseil général en la matière. Comment expliquer à nos concitoyens que l’augmentation de nos dépenses, y compris sociales soit plafonnées en deçà de l’augmentation de nos recettes ? Alors que les besoins sociaux grandissent, que des enfants dorment à la rue, que les accueils sociaux des maisons de la métropole n’arrivent pas à suivre la demande, qu’il manque cruellement d’éducateurs de rue, que les personnes âgées peinent à trouver des places accessibles financièrement dans les résidences, que des familles vivent dans l’attente angoissante de la prise en charge du handicap de leur enfant, etc, etc. Et puisque je parle du handicap, je ne citerai qu’un exemple, j’aurais pu en citer beaucoup d’autres, mais celui-ci me semble emblématique du dégât que font des contraintes budgétaires appliquées au rabot. Les transports des enfants porteurs de handicap : je connais bien ce sujet avec Claire Le Franc, car historiquement Villeurbanne accueille de nombreux enfants en inclusion dans ses écoles. Ils viennent pour certains en taxi des différentes communes de la métropole pour être pris en charge de façon adaptée à leur handicap. Or, ces enfants se voient imposer un seul horaire de retour, le soir après le temps de classe. Si bien qu’à 15h50, tous les élèves doivent partir, impossible de rester avec leurs camarades au périscolaire et bénéficier d’activités éducatives. Je ne parle pas simplement de la situation dans lesquelles se retrouvent les familles qui doivent être rentrées tôt chez elles, je parle d’abord de l’humiliation que subissent des enfants. La réponse de la métropole à nos interpellations depuis un an ? : Il serait trop complexe et coûteux de proposer deux horaires différents ! Désolé de vous embêter avec un exemple peut-être trop précis dans un débat de grandes masses, mais on ne comprendra pas les conséquences de phrases creuses si l’on ne s’attarde pas quelques instants sur les implications de celles-ci pour les habitants de notre métropole.

Autre traduction politique attendue et absente de ce document, les mécanismes de solidarités au sein de la métropole.  Nous vous avons entendu Monsieur le président parler de partenariats renforcés avec les communes. Cet engagement n’aura de sens qu’avec un pacte financier que nous demandons chaque année depuis 5 ans. Ce pacte est indispensable pour donner de la visibilité financière à moyen terme aux communes. Il traduirait de manière transparente la mise en oeuvre d’une péréquation financière au sein de la métropole, au service d’une orientation politique. Car oui, au sein de la métropole, la dynamique démographique est différente, les populations fragiles se trouvent toujours beaucoup plus à l’est.

Je suis d’une génération qui pense qu’une métropole forte est nécessaire, (même si dans 3 mois je laisserai la place aux jeunes) Mais une métropole forte, c’est une métropole solidaire, une métropole démocratique, une métropole qui s’appuie sur les communes, une métropole plus résiliante et de la transition écologique que smart énergivore et business fossile, une métropole dans laquelle l’éducation n’est pas le point accessoire renvoyé quasi systématiquement en fin de conseil, mais le point d’entrée d’un projet politique.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s