Intervention de Damien Berthilier concernant le dispositif d’incitation financière à l’acquisition de vélos à assistance électrique, de vélos cargos et de vélos pliants

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Intervention de Damien Berthilier

Conseil de Métropole du 13 mai 2019

2019-3450 – Dispositif d’incitation financière à l’acquisition de vélos à assistance électrique, de vélos cargos et de vélos pliants – Attribution d’aides pour l’année 2019

Monsieur le Président, chers collègues,

Cette intervention est commune avec le groupe socialistes et apparentés.

Une bonne délibération en 2018 reste une bonne délibération en 2019, je ne reviendrai donc pas sur les raisons qui nous amènent à la voter une nouvelle fois cette année. Je partage d’ailleurs pleinement ce qu’a dit Marylène Millet sur la question centrale du vol. Je ne vous referai pas cette années le récit épique de ma descente du cours Gambetta car vous avez apporté des améliorations même si un récent passage m’a permis de constater que la peinture ajoutée déjà bien délavée n’enlevais pas tout du sentiment de jungle urbaine dans laquelle les SUV se sentent en haut de la chaîne alimentaire et nous en bas de la chaîne… à vélo.

Je voudrais insister sur la nécessité de promouvoir de façon diversifiée toutes les alternatives à la voiture. Les cartographies de la pollution autour des établissements scolaires montrent que la situation est toujours préoccupante. Il faut rappeler que tout ce qui ne pollue pas sera toujours mieux qu’une masse d’une tonne transportant 70kg et dispersant largement des particules fines.

Tout, y compris toutes les formes de vélo comme ici, mais aussi les trottinettes et autres moyens électriques. Mais promouvoir, ne veut pas dire laisser faire n’importe quoi. L’explosion des trottinettes électriques jetables, rechargées par un nouveau sous-prolétariat, et empêchant les personnes à mobilité réduite de se déplacer montre bien que la puissance publique a un rôle essentiel à jouer. Nous devons retenir les leçons des derniers mois en évitant à l’avenir d’attendre pour réagir face au développement des fausses bonnes solutions.

Mais ne nous détournons pas de l’essentiel : comme je le disais lors de notre dernier conseil : rendre la ville aux enfants, aux piétons, aux cyclistes, aux personnes à mobilité réduite. Cela suppose d’inverser la charge de la responsabilité. Ce ne devrait plus être aux plus vulnérables de se surprotéger, de craindre pour leur intégrité. Des parlementaires ont exhumé la vieille lune du port obligatoire du casque à vélo en ville. S’ils avaient pris la peine de consulter les associations, ils auraient compris que c’est une mesure contre-productive qui risque de faire chuter l’usage du vélo, notamment en libre-service. Ce n’est pas parce que le Vélov a été créé par Gérard Collomb que ce serait devenu une mauvaise idée.

Je prends un exemple pour illustrer l’inversion nécessaire de la protection. Je serais plus en sécurité en portant un casque pour cette séance, pour le cas où un élément du plafond me tomberait dessus. Mais vous reconnaitrez qu’il est quand même mieux de compter sur le fait que des personnes auront procédé à la vérification de la sécurité du bâtiment pour éviter que cela arrive tout court.

Arrêtons de demander aux cyclistes de raser les pistes cyclables et de slalomer entre les portières, et aux piétons d’apprendre à mieux rebondir sur une carrosserie. Construisons une ville pleinement adaptée aux mobilités actives et aidons, comme cette délibération le propose, celles et ceux qui le veulent, à franchir le pas.

Intervention d’Anne Reveyrand concernant l’approbation du schéma directeur des énergies (SDE)

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Intervention d’Anne Reveyrand

Conseil de Métropole du 13 mai 2019

Délibération 2019-3489 : Approbation du schéma directeur des énergies (SDE), vers une stratégie énergétique métropolitaine à l’horizon 2030.

Monsieur le Président, chers collègues,

Je parlerai au nom de deux groupes, celui des Socialistes et apparentés et celui de La Métropole autrement.

Nous sommes aujourd’hui le 13 mai. Vous le savez, me direz-vous. Simplement, le 10 mai, l’Europe avait déjà consommé les ressources naturelles que la planète peut renouveler en un an, et depuis, nous vivons à crédit, en consommant plus de ressources que la planète est capable de générer, au détriment d’autres pays et des générations futures. Sans doute l’avez-vous lu dans la presse et tout aussitôt oublié.

Ce devrait être plus que jamais, tout autant que nos émissions de Gaz à effet de serre, une motivation pour agir sur la question de l’énergie, qui remplit un besoin vital des populations sur notre Terre.

Au-delà de la mobilisation citoyenne pour le climat, plutôt « émotionnelle », entre guillemets car je ne pense pas qu’il faille minimiser l’intérêt actuel très sincère pour ces questions, il convient, pour les communes, de poursuivre les efforts qu’elles ont réalisés : et elles pourraient aller beaucoup plus vite si elles pouvaient disposer d’enveloppes financières plus importantes à dédier à l’énergie. N’oublions pas aussi qu’elles ont un rôle clé en terme d’exemplarité auprès de leur population.

Il convient aussi pour les petites entreprises et le tertiaire, les bureaux de se lancer dans l’action. Les grosses entreprises ont depuis bien longtemps compris que l’efficacité énergétique était synonyme de gain financier, notamment sur leur process.

Quant aux particuliers, j’y reviens, leur passage à l’acte est encore timide. Car les propriétaires ont beaucoup plus de mal à imaginer un investissement somme toute important. Les temps de retour n’invitent guère à l’action, les dispositifs d’aide qui constituent un beau coup de pouce ne sont parfois pas suffisants, au vu du temps de retour. La simple question financière doit s’accompagner, dans la balance pour une décision, de la question de l’urgence climatique tout comme de celle du confort et de celle de la mise en valeur d’un patrimoine rénové.

La réalisation de ce schéma directeur des énergies est une initiative remarquable, au regard d’autres Métropoles de même taille en France. On partait de rien au début de ce mandat. Un énorme travail a été réalisé, par la petite équipe de la Mission Energie de la Métropole, avec le concours des communes, mais aussi des opérateurs et de partenaires associatifs bien connus de notre paysage énergie, comme l’ALEC, que je salue ici pour son travail important d’expertise et d’animation.

C’est l’occasion pour moi de noter ici la volonté dans ce SDE d’accroître les moyens d’animation pour aller vers un service public de la performance énergétique de l’habitat, s’appuyant sur un tel partenaire, tiers de confiance, qui manque aujourd’hui de moyens pour répondre aux demandes – et pourtant on sait comme des dizaines de « margoulins » ont tenté de prospérer sur le dispositif d’Etat Isolation à 0 €, par ex. Alors soulignons la volonté de porter le dispositif EcoRénov à 100 000 rénovations d’ici à 2030 (et non pas 200 000 comme on le dit hâtivement en prenant en compte un effet de contagion pas du tout certain), une belle montée en puissance, mais n’oublions pas les moyens nécessaires à l’animation du dispositif.

Savoir mieux exploiter les énergies de récupération pour une mise en valeur locale est aussi une dimension qui a été trop peu exploitée jusqu’à maintenant, l’énergie locale n’étant vue souvent que comme renouvelable. Biogaz des stations d’épuration et chaleur fatale, de l’activité numérique notamment, constituent des sources importantes qu’il nous faut toujours avoir à l’esprit.

Les réseaux de chaleur sont aussi une voie idéale pour exploiter différentes énergies primaires, dont des énergies de récupération, et leur extension est à souligner, réseaux pour lesquels nous demandons qu’il soit exercé une vigilance particulière pour la maîtrise des coûts de la chaleur fournie.

Le SDE embrasse toutes ces questions. Et l’approche énergétique doit devenir un des éléments clé de l’aménagement urbain.

Comment s’est bâti ce SDE ? Plus de 400 participants aux séminaires SDE, cela montre qu’il y a beaucoup d’attentes :

En termes de structuration des énergies et de rôle des différentes sources d’énergie sur notre territoire.

En terme de lobby auprès des opérateurs que ne peuvent jouer les communes séparément (les actions, de France urbaine par exemple, en témoignent) et il est important de réaffirmer auprès d’eux le rôle d’autorité organisatrice de la distribution de l’électricité et du gaz.

En termes de mise à disposition des données utiles pour élaborer une stratégie et un suivi sur des périmètres communaux. Le partage des études et des données sur les questions du climat et de l’énergie, et la possibilité d’extraction de ces données à la maille communale pour venir enrichir les informations et l’action locale sont essentiels.

Nous avons été quelques villes à craindre au début de cette démarche que les communes soient oubliées, et je m’en étais ouverte lors du premier séminaire, mais leur apport a finalement été sollicité. Une association plus forte est cependant souhaitée, avec des lieux d’échange décloisonnés car la question de l’énergie croise de nombreuse politiques sectorielles (urbanisme, habitat, logement, transport etc.) qui nécessitent un lien privilégié entre les communes-membres et la Métropole.

S’appuyer sur le suivi annuel des consommations et des productions d’énergie pour avancer, c’est bien. Mais s’appuyer sur de bons exemples, pertinents et reproductibles, c’est mieux, comme le photovoltaïque en autoconsommation ou la mise en réseau d’une production et d’une consommation à l’échelle de plusieurs copropriétés sur un quartier (initiative privée au Tonkin à Villeurbanne).

Une autre remarque quant au budget cité dans l’action 125 : il sera difficile de mettre en regard les dépenses de financement des investissements et les recettes du terrain générées par les travaux ; la Métropole n’étant pas un microcosme qui tourne sur lui-même, le bénéfice économique peut aller vers un autre territoire si l’entreprise du bâtiment qui intervient nous vient de Bourg en Bresse (je n’ai rien contre les Bressans et je les salue). L’interterritorialité, essentielle à la vie d’un territoire urbain, a d’ailleurs été soulignée par Roland Crimier en Commission, à propos du soutien à la filière bois qui nous est nécessaire ou à la capacité d’installation de méthanisation de déchets.

Merci de cette production sous forme de livre très complet, mais je dois vous avouer que je n’en ai pas encore fait toute la lecture. Dommage qu’il ait été diffusé une semaine avant notre Conseil de ce jour !

La baisse des émissions de GES, comme celle de la consommation d’énergie depuis 2000 combinée avec une augmentation significative du recours aux énergies renouvelables et de récupération montrent que le chemin d’une réelle politique énergétique est possible.

Cette stratégie se veut crédible, veillons maintenant à la mise en oeuvre de ces 125 orientations afin qu’elles se concrétisent au bénéfice de l’ensemble des partenaires, et notamment des citoyens de notre Métropole et qu’elles ne soient pas qu’une construction intellectuelle.

Les deux groupes au nom desquels je me suis exprimée, Métropole autrement et Socialistes et apparentés, voteront ce rapport. Je vous remercie de votre attention.

Intervention de Jean-Paul Bret concernant la révision du plan local d’urbanisme tenant lieu de programme local de l’habitat (PLU-H)

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Intervention de Jean-Paul Bret

Conseil du 13 mai 2019

N° 2019-3507 – Révision du plan local d’urbanisme tenant lieu de programme local de l’habitat (PLU-H) de la Métropole de Lyon – Approbation – Renouvellement de l’institution du droit de préemption urbain

Monsieur le Président, mes chers collègues, monsieur le rapporteur,

Le vote de la révision du PLU-H est une étape importante pour notre collectivité.
C’est l’aboutissement d’une procédure lourde lancée en 2012.

Une procédure qui a fortement mobilisé les élus et services métropolitains et municipaux, qui a également largement mobilisé des moyens d’études et des outils de concertation.

Cette mobilisation est le corollaire du sérieux et du caractère extrêmement approfondi du travail réalisé.

Dans le même temps, la durée de la procédure, le fait qu’elle se déroule sur deux mandats politiques, avec qui plus est deux organisations institutionnelles différentes, commencée sous la communauté urbaine votée par la métropole, rend :
– difficile la mobilisation des habitants,
– et complexe la lecture des enjeux portés par ce processus.

Le PLU-H est pourtant un outil essentiel pour porter et mettre en œuvre un projet politique pour un territoire.

C’est aussi un outil essentiel pour associer les habitants à l’élaboration, à la conception, et aux déterminants de ce projet.

Le PLU-H est un l’outil d’un projet politique pour le territoire.
Mais de quel territoire s’agit-il ?

À la fois le territoire métropolitain pris dans son ensemble et également le territoire de chacune des communes.

Cela signifie que le PLU-H est un outil intercommunal qui doit prendre en compte les projets des villes et en même temps les inscrire dans un sens commun, dans des enjeux métropolitains.

Cette articulation est essentielle et les enjeux de gouvernance que connaît la métropole aujourd’hui sont illustrés plus que jamais par ce PLU-H et par cet exercice qui doit consister, non pas à décliner un projet métropolitain sur les territoires communaux mais bien au contraire, à élaborer un projet métropolitain à partir des territoires et des projets communaux.

Rendre la métropole riche de ses territoires (j’ai très souvent eu l’occasion de le rappeler), cela signifie aussi que les déterminants de ce projet métropolitain devront être portés et acceptés par toutes les communes. C’est à la fois une condition et une conséquence.

Le choix porté par ce PLU-H, au regard du défi environnemental, d’éviter l’étalement urbain, conduit à organiser la mise en oeuvre de l’objectif démographique fixé par le SCOT de plus 150 000 habitants entre 2010 et 2030, dont plus de 60 000 habitants pour les villes centres.

À Villeurbanne nous vous pris pleinement notre part dans cet objectif en identifiant des gisements de constructibilité correspondant à la réalisation de plus de 19 000 logements supplémentaires sur cette période.

Cependant, et c’est absolument essentiel, cette croissance démographique n’est envisageable que si elle est accompagnée en termes d’investissement public : investissement en matière de transport, investissement dans les espaces publics et les espaces de respiration, investissements évidemment en termes d’équipements municipaux (scolaires, petite enfance, sportifs).

Cet enjeu qui porte sur le territoire des villes centre relève d’un projet métropolitain mais il entraîne aussi des conséquences claires pour l’action de la Métropole et l’accompagnement en termes d’investissement public que cela impose.

Dans ce contexte d’augmentation de la densité urbaine, le PLU-H métropolitain doit être l’un des outils de la qualité urbaine que nous devons à nos concitoyens.

Pour Villeurbanne, cela se traduit par des emplacements réservés pour de nouveaux parcs (plus de 6,5 hectares réservés), 16 hectares d’espaces non construits dont nous avons décidé de geler l’urbanisation. Cela se traduit par le renforcement des zonages de protection de l’environnement des espaces naturels 170 ha passés à 200 ha, par le renforcement des protections de boisements.

Cela se traduit également par un effort particulier sur la valorisation des patrimoines urbain, architectural et paysager pour respecter l’identité des quartiers : 200 bâtiments protégés, contre 50 aujourd’hui, le doublement de la superficie protégée au titre des secteurs patrimoniaux.

Cette qualité urbaine est la condition de la densité et le PLU-H, l’un des outils.

Mais, derrière cet outil réglementaire essentiel, il faut que les politiques publiques suivent et soient au même niveau d’enjeu. On doit avec le PLU-H promouvoir la qualité urbaine et la mixité sociale.

Nous avons par exemple porté un effort particulier pour défendre des objectifs en matière d’habitat : une obligation de production de locatif social à un niveau

de 28%, une nouvelle obligation de production d’accession sociale, la création d’une nouvelle servitude de taille minimale des logements s‘imposant sur l’ensemble des secteurs à TVA réduite afin de limiter les petits logements.

Construire une ville pour les personnes qui aujourd’hui vivent dans l’agglomération et pour éviter de repousser les populations les plus fragiles aux marges de notre métropole est un enjeu auquel participe aussi le PLU-H.

Cela suppose de maîtriser les évolutions du coût du foncier. Le PLU-H ne peut à lui seul répondre à cet objectif, il faut mettre en place les outils, techniques et financiers, d’une véritable politique foncière, à travers par exemple la création d’un office foncier solidaire.

Dans le domaine de l’habitat, le PLU-H doit être plus qu’un outil réglementaire. Il doit définir une stratégie d’intervention qui suppose aujourd’hui, particulièrement au regard des assauts que subit le secteur public du logement social, une forte mobilisation de moyens si l’on veut conserver une capacité d’accueil de l’ensemble de la population.

La mixité sociale est une priorité, la mixité des fonctions urbaines également.

Nous avons voulu à Villeurbanne que le développement résidentiel et démographique ne s’opère pas au détriment des sites économiques et de la capacité de continuer à accueillir des activités économiques, artisanales et commerciales sur notre territoire.

Nous avons soutenu la création d’un nouvel outil « Secteur de mixité fonctionnelle » pour lequel nous souhaitons constituer un territoire d’expérimentation.

Cela doit permettre aussi le développement d’une économie diversifiée, pourvoyeuse d’emplois variés accessibles au plus grand nombre, et ne doit pas se limiter au développement des seuls pôles tertiaires au rayonnement d’agglomération.

Face à une marchandisation de la ville qui va croissante et que les politiques urbaines de ces dernières années ont en partie favorisée, l’outil réglementaire que constitue le PLU-H est essentiel.

Il doit être encore perfectionné. Les outils pourraient être encore plus innovants :
– par exemple, l’introduction d’un coefficient de biotope par surface pour éviter notamment une trop forte imperméabilisation des sols,
– la proposition d’inscription de zone inclusive accompagnant la réalisation de logements accessibles aux personnes en situation de handicap.

Mais, il faut que ces outils soient utilisés et accompagnés par des politiques publiques qui leur donneront toute leur efficacité.

Il faut aussi trouver des processus qui permettent d’inscrire ces outils de planification urbaine dans le temps des habitants. C’est un enjeu pour la concertation mais aussi pour la crédibilité des politiques publiques de ne pas être dans un tel décalage entre l’annonce et la mise en œuvre.

Le lauréat du prix du grand prix de l’urbanisme 2019, Patrick BOUCHAIN revendiquait récemment le passage d’un urbanisme technocratique à un urbanisme démocratique. Avec des outils tels que le PLU-H cela reste difficile.

Dans ce document, les défis sont clairement exposés : métropolitain, économique, de solidarité et environnemental.

Cependant, la manière dont cela se met en place sur le territoire se joue dans une collaboration, dans une gouvernance partagée.

Partagée entre la métropole et les communes, entre l’ensemble des acteurs de la ville également, privés et publics, avec les habitants enfin et surtout.

C’est la condition de l’efficacité, c’est la condition de la participation citoyenne.

C’est la condition qui fera que les choix publics seront reconnus et acceptés.

Une bonne intercommunalité plutôt qu’une mauvaise métropole

La loi MAPTAM a créé la Métropole de Lyon le 1er janvier 2015, pour exercer les compétences assumées précédemment par la Communauté urbaine, le Département du Rhône ainsi que des compétences supplémentaires venues des communes. Ce projet, inédit en France, a été mené sans concertation préalable avec les communes qui la compose. Un mauvais présage de la suite ? Oui ! Car la Métropole a trop souvent réduit sa relation aux communes à une forme de vassalisation, inhibant les initiatives, supprimant toute diversité et tout relief. L’échelon municipal reste pourtant le plus pertinent pour mener des expériences innovantes et faire fructifier les projets. Il est aussi celui de la proximité. Car c’est bien vers leurs mairies que les habitants se tournent en cas de difficulté, et non vers la Métropole, jugée trop lointaine et trop technocratique. La complémentarité entre la Métropole et les communes est la clé pour une action publique plus efficace. Elle doit accompagner les politiques communales exemplaires, non pas les niveler ou les étouffer. Conçue dès l’origine pour appliquer partout le modèle dit lyonnais, c’est-à-dire pour poser le calque de la ville-centre sur toute les autres communes, la Métropole a montré ses limites. Force est de constater qu’aujourd’hui ce modèle ne fait plus recette. Lille, Nantes et maintenant Bordeaux : toutes ces grandes agglomérations ont renoncé à la métropolisation à la lyonnaise. Parce qu’elles ont compris qu’une bonne intercommunalité vaut mieux qu’une mauvaise métropole. Il faudra en tirer les conséquences dans les choix et les orientations qui devront s’opérer en 2020.

Jean-Paul Bret, président du groupe La Métropole autrement
groupelametropoleautrement.com

 

Intervention d’Anne Reveyrand concernant le plan d’éducation au Développement durable (PEDD)

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Conseil de Métropole du 18 mars 2019

Délibération 2019-3403 : Plan d’éducation au Développement durable – Actions et mise en valeur des politiques métropolitaines – Attribution de subventions aux partenaires pour 2019.

Intervention d’Anne Reveyrand

Monsieur le Président, chers collègues,

Les mobilisations massives pour le climat que nous connaissons actuellement tant des jeunes, vendredi dernier, que de l’ensemble de la population ce samedi peuvent nous laisser à penser que nous sommes tous sensibilisés à la question climatique et environnementale.

Cette idée me semble largement erronée. D’une part, parce que nous ne le sommes pas tous, on le constate tous les jours, D’autre part, parce qu’être sensibilisé ne signifie pas forcément qu’on a trouvé les clefs pour agir.

Ce PEDD reconduit d’année en année nous prouve chaque jour son intérêt et est plus que jamais une porte d’entrée vers la transition écologique. 65 000 personnes touchées en 2018 : c’est un beau résultat.

Son importance est marquée par le fait que contrairement aux autres budgets, le budget du PEDD est en augmentation cette année, car les différentes directions concernées par les évolutions sociétales trouvent dans ce dispositif un accompagnement certain aux politiques mises en œuvre par la Métropole sur des champs qui se sont élargis.

Les mesures votées dans cet hémicycle ont besoin d’être comprises et adoptées par les citoyens de notre Métropole.

Son évolution d’une prise en compte de l’éducation de l’enfant en milieu scolaire vers une éducation tout au long de la vie qui sache s’adresser à tous les publics est majeure.

Cette éducation-là réclame de réelles compétences professionnelles et les 40 associations avec lesquelles la Métropole conventionne disposent de talents pour opérer la médiation nécessaire pour aller d’un sujet technique vers un sujet sensible. Expliquer ce qu’est un arbre n’a rien à voir avec la compréhension de son rôle dans un espace que l’homme partage avec la nature. Il faut avoir assisté à des séances d’animation pour bien percevoir cela.

Et puis une autre évolution s’est fait jour, celle de l’inscription dans le territoire. Une école n’est pas une île au milieu de nulle part. Elle s’inscrit dans un territoire, avec toutes ses composantes géographiques, topographiques, organisationnelles et son histoire sociale, ses éléments de proximité que sont Conseils de quartier, EHPAD, autres établissements scolaires, services techniques des communes, élus…

Tous, jeunes ou moins jeunes, vivent quelque part et interagissent sur un territoire. Ils sont les habitants d’une commune. C’est là que les actions des communes pour accompagner la transition écologique doivent pouvoir être supports d’actions pédagogiques.

Au début de mon propos je parlais de trouver les clefs pour agir. L’éducation au DD a pour visée un changement de comportement, bien au-delà de la prise de conscience et de l’information rationnelle.

L’EDD c’est une éducation qui met en évidence la complexité des choses et la vision systémique qu’il faut avoir du monde, en termes d’alimentation, de consommation responsable de mobilité, d’énergie, de nature ou d’aménagement, rien n’est véritablement binaire.

L’EDD doit proposer à chacun de s’impliquer dans la vie de son territoire pour que la préoccupation de transition écologique fasse sens. Pour cela, il faut donner les moyens de rencontrer les autres, d’agir avec les autres, de prendre des initiatives. Mais avant de parler du monde, il convient de se pencher sur l’environnement immédiat. Penser globalement, agir localement, vieille formule mais qui garde sens. Passer à l’action dans son environnement immédiat me semble être un moyen sûr de

 Il s’agit de favoriser une éducation critique qui invite à l’engagement, dans toutes sortes de lieux  et dans les projets locaux. En cela, l’EDD est une vraie éducation à la citoyenneté, pour des solutions nouvelles, des changements de vue et de comportement nécessaires à la transition écologique de notre monde. C’est tout le mérite de ce programme.

Le groupe La Métropole autrement votera ce rapport. Je vous remercie de votre attention.

Intervention d’Anne Reveyrand concernant le projet Iloé

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Conseil de Métropole du 18 mars 2019

Délibération 2019-3400 – Projet Iloé – Pôle d’innovation sociale en économie circulaire – Création d’un service économique d’intérêt général – Attribution d’une subvention pour l’année 2019

Intervention d’Anne Reveyrand

 

Monsieur le Président, chers collègues,

La Métropole mène une action volontaire en termes d’économie circulaire. Par ailleurs, sur son territoire, l’économie sociale et solidaire représente 12, 2 % des entreprises de la Métropole pour des activités généralement non délocalisables. Marier innovation sociale et économie circulaire, telle est la vocation du projet Iloé.

Cette décision est au croisement de l’économie sociale et solidaire et de la gestion des déchets. A travers ce projet Iloé, il s’agit de soutenir le démarrage d’une action économique à but non lucratif, d’organiser une coopération pérenne, un service économique d’intérêt général sur le modèle fixé par la réglementation européenne : un service à caractère économique, des missions d’intérêt général et un service fourni dans l’intérêt de la société. Iloé prendra ultérieurement la forme d’une Société coopérative d’intérêt collectif.

C’est son caractère d’innovation qui en fait tout l’intérêt. Véolia associé à Envie ? Le mariage de la carpe et du lapin, me direz-vous. En fait, le projet rassemble bien plus largement : des régies de quartier, des structures d’insertion, Notre Dame des sans-abris représentant les donneries, ABC HLM représentant les bailleurs sociaux… ce projet vise à proposer un nouvel outil métropolitain de gestion des déchets encombrants par une coopération entre les acteurs relevant des secteurs public, privé et de l’ESS.

Mais pour quoi faire ? Détourner 2 500 tonnes de déchets des déchèteries de la Métropole. En effet les bailleurs sociaux, afin d’éviter les dépôts sauvages dans le périmètre environnant les logements qu’ils gèrent, ont tous mis en place, depuis quelques années, des déchèteries mobiles en pieds d’immeubles. Mais ce qu’on ignore généralement, c’est que les déchets récupérés ainsi finissent leur vie en enfouissement car leur caractère hétéroclite ne permet pas leur tri.

L’objectif d’Iloé est de récupérer 8 000 tonnes à horizon de 3 ans. Tout en menant une action de sensibilisation des habitants pour une réduction des déchets à la source, un tri de ces déchets, une collecte préservante pour permettre aussi la valorisation et le réemploi (on passerait dans ce cas de 20 % à 80 % en 3 ans)… Augmenter ainsi la valorisation matière des déchets sur notre territoire, c’est participer à l’objectif fixé par la loi de Transition écologique pour une croissance verte. La subvention de la Métropole sera calée sur le tonnage de matériaux détournés.

Cette organisation permettra également de consolider l’activité des collecteurs de proximité que sont les Structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) par une professionnalisation de leurs personnels, facilitant le retour à l’emploi de personnes qui en sont très éloignées.

C’est Envie, la structure d’insertion bien connue depuis de nombreuses années, qui porte ce projet de plateforme industrielle de sur-tri des déchets couplé à un système de collecte et de logistique de proximité.

Ce partenariat nouveau autour de politiques publiques favorise la coopération économique territoriale pour un service performant d’utilité sociale, au bénéfice des citoyens. Il est du devoir de la Métropole de favoriser de telles innovations et nous saluons cette initiative.

C’est ce type de réponse qui fera avancer la question des déchets mais aussi celle de l’emploi.

Le groupe La Métropole autrement votera ce rapport qui marie innovation sociale et économique. Je vous remercie de votre attention.

Intervention de Damien Berthilier concernant le Plan d’actions pour les mobilités actives (PAMA)

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Intervention de Damien Berthilier

Conseil métropolitain du 18 mars 2019

Délibération n°2019-3337 – Plan d’actions pour les mobilités actives (PAMA) – Travaux d’aménagement pour l’extension du réseau cyclable structurant –
Extension de l’offre de stationnement sécurisé vélo sur le réseau des transports en commun lyonnais (TCL)

Monsieur le président,

Chers collègues,

Cette délibération illustre le volontarisme que notre métropole mobilise dans la place du vélo. Les chiffres attestent d’une réalité : le vélo connaît un essor conséquent qu’il est désormais très facile de constater dans nos rues, où certaines pistes cyclables connaissent désormais… des bouchons !

Pourtant, on sent toujours comme un parfum de modération sur le sujet, comme si l’ombre du tout bagnole des années 1960/70 portait toujours un peu sur notre métropole. Il faut s’arrêter quelques instants pour mesurer à quel point l’utopie automobile a imprimé notre façon de concevoir la ville.

Le vélo mérite pourtant en 2019 la même audace qu’il a fallu pour inventer les monstres de béton qui ont permis de faire passer une autoroute au milieu de la ville dans l’espoir que cela donnerait l’envie à des personnes de s’y arrêter.

Le vélo, enfin devrais-je dire, les vélos tant les formats se diversifient, mérite une politique d’ensemble qui n’exclue personne. Car oui, il existe de nombreux freins, mais ceux-ci sont souvent présentés pour justifier le fait que rien ne peut remplacer la voiture.
Le vélo serait un symbole de la gentrification ? C’est déjà faux, mais surtout c’est un contresens historique. Regardez les photos du début du XXe siècle, les sorties d’usines où les ouvriers ont un vélo à la main. Certes, ils ont été entre-temps chassés des centres-villes et l’éloignement a été possible essentiellement grâce à la voiture. Aujourd’hui, nombre de nos concitoyens sont piégés par la dépendance à un véhicule qui représente un gouffre financier alors que les prix des logements continuent de s’envoler. C’est d’abord pour eux qu’il faut une politique ambitieuse : intermodalité, transports en commun et voies cyclables de banlieue à banlieue, l’apprentissage du vélo dès le plus jeune âge et tout au long de la vie, car il ne faut pas oublier que de nombreux habitants ne savent pas faire du vélo.

La place de plus en plus grande des associations dans le débat public a permis des améliorations notables. Car il faut se mettre à la place du cycliste pour comprendre qu’un rond point comme celui du Totem ne se prend pas gentiment sur une bande latérale qui oblige à s’arrêter à chaque intersection, mais au milieu, là où l’on est visible; Qu’une bande cyclable qui oscille entre route et trottoir en gardant les 5 centimètres d’écart de hauteur qui font sauter la roue peut devenir un enfer mal pavé de bonnes intentions ; Qu’une rupture de piste peut avoir le même effet d’écart de trajectoire que la minuterie trop courte de l’éclairage d’un urinoir.

Pendant un siècle, on a méthodiquement exclu les piétons et les cyclistes des rues de nos villes. Il ne s’agit finalement que de leur redonner toute leur place. Pas en faisant à partir de l’existant, mais en repensant l’ensemble. Les cyclistes ont aussi droit à la sécurité. Celle de leur bien, malheureusement trop souvent volé. Le développement de parcs sécurisés partout en ville est un impératif. La sécurité de leur propre intégrité menacée trop souvent par certains conducteurs qui agissent en toute impunité : menaces, coups, renversement volontaire, négligence de conduite qui parfois tue. Agir pour le vélo en ville, c’est aussi protéger les piétons, protéger les enfants, les personnes âgées, les personnes à mobilité réduite, enfin tous ceux qui ont encore trop le sentiment que la ville est trop dangereuse pour eux.

Ce n’est pas simplement le nombre de km de voies qu’il faut prendre en compte, c’est la globalité d’une politique, son sens profond. Les investissements cyclables qui se chiffrent en dizaines de millions d’euros paraissent en effet bien dérisoire en regard des 3 milliards d’euros que nous dépenserions pour un projet d’Anneau des sciences, sur lequel on peut dire ce que l’on veut, mais qui est contraire au sens de l’Histoire et n’est pas finançable ! Par rapport aux 1,3 millards pour un métro E qui va obérer une grande partie de la capacité d’investissement du Sytral sans réfléchir sérieusement aux
nombreuses alternatives possibles – y compris pour l’ouest lyonnais – et pendant que Vaulx-en-Velin vit de la promesse non écrite d’un tramway !

De l’audace donc, et, pour reprendre le gimmick de notre dynamique collègue Pierre Hémon, que roule Raoul !