Intervention de Gilbert-Luc Devinaz concernant le projet de schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) de la Région Auvergne-Rhône-Alpes – Avis de la Métropole de Lyon

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8 juillet 2019 – Conseil de Métropole

Projet de schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) de la Région Auvergne-Rhône-Alpes – Avis de la Métropole de Lyon

Intervention de Gilbert-Luc Devinaz

Monsieur le Président, mesdames, messieurs les conseillers,

J’ai le plaisir de porter cette intervention au nom des groupes La Métropole Autrement, Socialistes et apparentés et du Parti Radical de Gauche.

Nous sommes amenés à nous prononcer sur l’avis de la Métropole de Lyon sur le projet de SRADDET de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Il s’agit d’un document majeur pour le développement de nos territoires. Il nécessite pour la Région de faire émerger un intérêt général qui ne se limite pas à l’accumulation des intérêts particuliers des départements qui la composent. Pour avoir assisté en tant que parlementaire à la présentation de ce document encore provisoire il y a quelques semaines, j’ai bien saisi cette difficulté.

Un document d’une telle importance mériterait un long développement. Mais par souci de pédagogie et d’efficacité, je vais me concentrer sur quelques points précis.

En tant que collectivité, la Métropole défend ses intérêts dans cet avis et c’est bien naturel. Toutefois, elle pourrait être attentive à élargir sa focale et à décentrer son regard. Une nouvelle fois, il y a dans cette délibération, la tentation de défendre une vision restrictive de son développement. Une nouvelle fois, nous ressentons une focalisation sur la gare Part-Dieu comme gare centrale et unique.

Nous sommes favorables au développement de la gare Part-Dieu qui est un pôle majeur de l’agglomération. Nous devons augmenter le nombre de voies à la Part-Dieu et ses connexions avec les autres modes de transport. Mais cette position nous semble excluante. Si la gare de la Part-Dieu est la gare prioritaire, doit-elle être la gare unique ? En l’état, la formulation du Sraddet qui souhaite « renforcer le rôle de la gare Saint-Exupéry en tant que vraie gare régionale d’accès à la grande vitesse » n’est pas choquante, ni excluante. Nous devons être attentif à nos voisins. Aujourd’hui, plus de la moitié des trains circulant dans Lyon sont des TER et c’est bien le doublement de cette offre de transports régionaux que nous devons poursuivre. La Loi d’Orientation des Mobilités ne dit pas autre chose lorsqu’elle déclare la priorité aux transports du quotidien.

Ce sont en effet les déplacements quotidiens, depuis l’Ain, le Nord-Isère, le Beaujolais, les vallées du Giers et du Rhône qui congestionnent aujourd’hui les autoroutes et les voiries de la Métropole ; Et la gare de Saint-Exupéry peut être structurante pour les territoires de l’Ain ou de l’Isère qui n’auraient pas à emprunter les voies concentrées – et déjà saturées – du noeud ferroviaire lyonnais. Le choix de la multipolarité doit aussi être défendu au niveau régional. C’est cela que nous voulons défendre.

Cela étant, plusieurs points durs dans la vision de la Région nous semblent demeurer. Sa position sur l’A45 est dépassée et nous y sommes opposés. Son projet de concentration de voies ferroviaires sur le port Edouard Herriot nous interroge. Son manque de priorisation entre déplacements ferrés et cars régionaux également. Enfin, son orientation à demander un financement des autres collectivités pour développer l’offre TER nous interpelle. Il s’agit là d’une compétence pleine et entière de la Région qu’elle décide de ne pas assumer. Alors qu’elle avait voté une subvention conséquente pour l’A45 qui ne relevait pas de ses compétences.

Compte tenu de ces éléments, nos groupes soutiendront la délibération présentée.

Intervention de Jean-Paul Bret concernant le dispositif Soif de République

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Conseil de Métropole du 8 juillet 2019

Délibération N° 2019-3597 – Soif de République – Convention-cadre avec l’État 2019-2020 – Mise en oeuvre du dispositif –

Intervention de Jean-Paul Bret

Monsieur le Président, chers collègues,

Cette intervention est commune avec le groupe socialistes et apparentés.

La délibération qui nous est proposée aujourd’hui par la Métropole concerne le dispositif « Soif de République », déclinaison préfectorale du plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, présenté en 2018 par le Premier ministre.

Cette délibération, qui était déjà à l’ordre du jour du conseil de mars dernier, avait finalement été retirée. Elle nous est à nouveau proposée aujourd’hui, dans une version assez similaire, un premier paragraphe, assez confus, en moins.

Toutefois, des interrogations persistent. De quoi relève exactement « Soif de République » ? Car à la lecture de la délibération et de la convention-cadre annexée, on ne voit pas bien. S’agit-il d’actions d’éducation aux valeurs républicaines ? S’agit-il d’actions d’intégration ? De politique de la ville ? A moins qu’il ne s’agissent de lutte contre la radicalisation ? Ou encore d’égalité femmes-hommes ?

J’attire d’ailleurs votre attention sur la façon dont le lien est ici fait entre dérives identitaires, fondamentalisme et atteintes aux droits des femmes. Ce n’est pas neutre. Et il ne faudrait pas que par des raccourcis rapides et des sous-entendus malencontreux – peu contextualisés, peu développés, peu expliqués – il ne faudrait pas que cela provoque l’inverse de ce qu’est censé combattre un plan contre le racisme et l’antisémitisme. Racisme et antisémitisme qui, comme chacun le sait, se nourrissent d’amalgames, de préjugés et de représentations, que nous avons collectivement tout intérêt à ne pas relayer.

Il est toujours tentant de jeter l’opprobre sur d’autres. Mais pour le faire, encore faut-il être soi-même exemplaire. A titre d’illustration : la dernière enquête de l’Ined sur les violences sexuelles confirme qu’elles concernent tous les milieux sociaux. Et que ce sont les femmes cadres, exerçant des professions intellectuelles supérieures, qui déclarent le plus avoir subi des agressions sexuelles. La recherche scientifique est toujours éclairante. Et les enjeux liés à lutte contre le sexisme, et à l’égalité femmes-hommes en général, sont bien trop importants pour être circonscrits à tel ou tel domaine, à tel ou tel milieu, à tel ou tel groupe en particulier.

Ce qui est assez net en revanche avec « Soif de République », c’est ce qu’il n’est pas. A l’évidence, il ne s’agit pas de lutte contre les discriminations – puisque du terme même, il n’est nullement fait mention. Voilà qui a de quoi surprendre quand on entend combattre le racisme. Surprenant et bien regrettable aussi. D’autant plus que le plan officiel du gouvernement demande bel et bien la réalisation d’« au moins 50 plans territoriaux de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations ».

Vous le savez comme moi, les mots ont un sens. Leur omission aussi. La première façon d’ « invisibiliser » un problème est de ne pas le nommer. C’est loin d’être anodin. Mais si c’est un oubli, il n’est jamais trop tard.

L’autre grande absente de la délibération, c’est l’égalité. Ce qui, là encore, a de quoi surprendre quand on souhaite « promouvoir les valeurs de la République ». L’égalité est pourtant la première d’entre-elles. La plus difficile aussi à appliquer. Car l’égalité ne se décrète pas. Elle se construit. C’est la demande que nous formule nos concitoyennes et nos concitoyens. Et il serait temps de l’entendre.

Le dernier rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, montre combien les enjeux sont encore devant nous. Que si la tolérance globale progresse dans la société – en particulier chez les jeunes générations -, elle s’accompagne, dans le même temps, d’une augmentation des manifestations racistes (actes et propos), et d’une persistance des discriminations ethno-raciales – liées à une couleur de peau, à l’origine ou à une religion réelles ou supposées – qui sapent l’accès aux droits fondamentaux, à l’emploi, à un logement, à la santé, à l’éducation, comme Villeurbanne a pu le mesurer dans ses testing au logement ou encore au crédit bancaire. Nous sommes bien là au coeur des enjeux d’égalité. Et il serait temps de les voir.

Aujourd’hui, plusieurs dizaines de collectivités en France mènent une politique volontariste et structurée contre les discriminations, pour beaucoup rassemblées au sein d’un réseau d’élu.es locaux dont le siège est à Villeurbanne.

Nous ne pouvons qu’encourager la Métropole à s’inscrire à son tour dans ce mouvement et à montrer l’exemple. L’enjeu est majeur. Car pour notre pays, pour notre République et pour les personnes qui les vivent, les discriminations sont un véritable fléau.

Alors, pour résumer : proclamer sa « Soif de République », c’est bien. On ne peut, sur le principe, qu’y adhérer. Encore faut-il qu’elle s’accompagne d’une réelle faim…d’égalité.

Intervention de Damien Berthilier concernant l’attribution de subventions d’investissement pour les collèges privés sous contrat d’association avec l’État

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Conseil de Métropole du 8 juillet 2019

Délibération N° 2019-3594 – Collèges privés sous contrat d’association
avec l’État – Attribution de subventions d’investissement – Année 2019

Intervention de Damien Berthilier

Monsieur le Président, chers collègues,

Cette intervention est commune avec le groupe socialistes et apparentés.

L’an dernier, j’étais intervenu sur cette même délibération. Je regrette aujourd’hui de devoir le faire pour constater que rien n’a évolué. La métropole de Lyon verse depuis 2015 une subvention d’investissement facultative aux collèges privés sous contrat. Lorsque j’ai demandé cette année-là pourquoi, il m’a été répondu « parce que le département le faisait ». J’ai donc attendu 2 ans pour reposer la question car il me semblait qu’il était possible de s’interroger sur la politique que nous voulions pour cette métropole.

L’an dernier, je demandais pourquoi était-ce la direction diocésaine qui fléchait les affectations entre établissements et donc : et comme on n’est jamais aussi bien cité que par soi-même, voici les questions : « quels sont ses critères de choix ? Comment nous intervenons réellement dessus ? Quels engagements prennent les établissements privés sous contrat qui sont financés ? »

Or, cette année encore, la délibération ne propose qu’un copier-coller de la « proposition » de la commission diocésaine.

En commission, l’émotion qu’ont suscitées mes questions simples m’interrogent sur la capacité que nous ayons de débattre de façon dépassionnée sur le financement des écoles privées. Et pourtant. Je rappelle que la loi Debré a prévu un système très favorable aux établissements privés en France : parité de financement sur le fonctionnement d’une part, liberté de choix des élèves d’autre part. L’esprit de cette loi était de laisser aux écoles privées le financement de l’investissement.

Nous ne sommes pas ici en train de débattre de la qualité de l’enseignement des établissements ou de savoir s’il existe des exemples réussis pour quelques élèves en difficulté. Ce n’est pas le débat. Il ne s’agit pas davantage d’avoir un débat idéologique ou théologique mais d’avoir un débat rationnel et politique sur l’utilisation de l’argent public.

Il doit quand même être possible dans cette assemblée de se demander, si aide il doit y avoir, à quoi doit-elle servir. Nous pourrions en effet convenir que la sécurité et l’accessibilité sont des droits pour tous et que l’on pourrait s’en tenir à ces projets. Or, plus de 57%, + de 850 000€(et je ne compte pas tout) des subventions proposées ce soir vont vers des rénovations qui relèvent plus de l’agrément que de la sécurité. La délibération ne priorise pas du tout les subventions en fonction de la composition sociale des établissements mais simplement en fonction d’une répartition interne au diocèse. A l’heure de la transparence dans la gestion des fonds publics, il serait temps d’évoluer.
Est-il prioritaire de mettre plus de 130 000€ par exemple dans la création de chambres d’internat et d’une extension de self dans deux des établissements privés qui ont le plus de ressources financières ?

J’ajoute un élément nouveau par rapport à l’an dernier : l’abaissement de l’âge de l’instruction obligatoire à 3 ans va mécaniquement entraîner un financement supplémentaire de 150 millions d’euros à l’échelle nationale à la rentrée prochaine. De plus, la commission mixte paritaire étant revenue sur l’avancée du Sénat, les villes risquent de ne pas toutes être compensées par l’Etat. Que va devenir cet argent ? Il va remonter dans les collèges. Il y a donc urgence à remettre à plat, définir des priorités et des contreparties.

Car si nous revenons aux chiffres et non aux simplement aux idées reçues, il y a 2 fois plus d’élèves défavorisés dans les collèges publics que dans les collèges privés, et 2 fois plus d’élèves très favorisés dans les collèges privés que dans les collèges publics. Ce sont les chiffres officiels de la DEEP du ministère consultables en ligne. On ne peut pas demander les mêmes financements et s’extraire de la réflexion sur l’équilibre de notre système éducatif.

Laisser la ségrégation scolaire s’aggraver pour ensuite constater qu’il est urgent d’inventer un ersatz de service militaire pour que les jeunes de toutes classes sociales se côtoient ! Mais ils devraient d’abord se côtoyer à l’école !

C’est pour ces raisons le groupe La métropole autrement votera cette année contre cette délibération, le groupe socialistes et apparentés s’abstiendra.

Intervention de Gilbert-Luc Devinaz concernant la contribution de la Métropole de Lyon pour le débat public relatif aux aménagements de long terme du nœud ferroviaire lyonnais (NFL)

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Conseil de Métropole du 24 juin 2019

Intervention de Gilbert-Luc Devinaz

Contribution de la Métropole de Lyon pour le débat public relatif aux aménagements de long terme du nœud ferroviaire lyonnais (NFL)

 

Monsieur le Président, mesdames, messieurs les conseillers,

Lors de ma première intervention sur ce sujet, je vous demandais un débat au sein de notre enceinte. Après la commission générale il y a quelques semaines, c’est au sein du conseil qu’il a lieu aujourd’hui. Je m’en félicite.

Je me félicite moins que ce débat public ne soit pas le grand débat multimodal souhaité par le rapport Duron en février 2018. Cela aurait été l’occasion de débattre de tous les grands projets d’infrastructure de l’agglomération lyonnaise. Et ce n’est pas ce qui manque à Lyon en ce moment. D’ailleurs, vous aviez promis des Assises de la mobilité Monsieur le Président il y a quelques semaines. Qu’en est-il de cette promesse ?

Je ne reviendrais pas ni sur l’importance de ce débat pour l’avenir de notre territoire, ni sur le constat de saturation du nœud ferroviaire lyonnais. Au-delà des chiffres, quiconque a déjà pris le TER depuis Saint-Etienne ou Ambérieu sait de quoi je parle.

La Métropole a rédigé un cahier d’acteurs sur lequel nous sommes appelés à nous positionner. Notre groupe est d’accord avec plusieurs des constats et des objectifs de ce texte. Nous sommes favorables à l’hypothèse souterraine. Nous sommes d’accord sur la nécessité d’avancer sur le CFAL. C’est une infrastructure indispensable pour éloigner le trafic de fret du cœur de l’agglomération. Mais plusieurs positions nous empêchent d’apporter un vote favorable à cet avis.

Le document définit une stratégie qui fait de Part-Dieu la gare centrale et unique. Nous sommes favorables au développement de la gare Part-Dieu qui est un pôle majeur de l’agglomération. Nous devons augmenter le son nombre de voies à la Part-Dieu et ses connexions avec les autres modes de transport. Mais cette position me semble excluante. Si la gare de la Part-Dieu est la gare prioritaire, doit-elle être la gare unique ?

Cette position laisse de côté le développement des autres gares lyonnaises. A ce titre, SNCF Réseau a lancé une étude sur la répartition des trafics entre les 3 gares principales de Lyon dont j’ai hâte d’avoir les résultats. En espérant que ce soit avant la fin du débat public.

Alors que le Scot souhaite une métropole multipolaire, alors que la contribution même de la Métropole évoque « le choix de la multipolarité », votre position restreint la réflexion à la Part-Dieu. Cette position est contradictoire alors que vous me semblez être plutôt favorable au « en même temps ».

Cette position me semble surtout contradictoire avec l’évolution de l’agglomération. La Métropole de Lyon évolue. Elle se développe à l’est. Cette partie de son territoire connait un fort développement aussi bien démographique qu’économique. Cela est valable pour les habitants comme pour les entreprises. Et à l’est justement se trouve une infrastructure déjà existante, certes en dehors des frontières administratives.

Saint-Exupéry devient un véritable pôle multimodal : aérien, ferroviaire et routier. Il y a l’aérien bien sûr avec la perspective de pistes supplémentaires ce qui posent un autre problème. Le routier avec l’A432 qui ne demande qu’à recevoir du trafic de transit supplémentaire. Et le ferroviaire. C’est pourquoi le débat public doit se pencher sur le renforcement de Saint-Exupéry pour certaines lignes nationales ou pour les arrivées de l’est de la région voire même de la Loire. Ce matin, lors du Copil en préfecture sur le projet Lyon/Turin, de nombreux participants ont rappelé que Saint-Exupéry est un futur axe stratégique. Pas seulement au niveau régional mais bien au niveau européen.

A ce titre, le discours de SNCF Réseau a changé pendant ce débat. Aujourd’hui, l’entreprise estime que les difficultés techniques à développer les trains TER ne sont plus insurmontables. Elle a même évoqué en réunion publique que la liaison entre Saint-Exupéry et le centre de Lyon était possible par son réseau.

Pour conclure, souhaite-t-on vraiment une Métropole qui se développe seulement dans le centre ? Ne pourrait-on pas envisager des pôles de développement plus équilibrés ? Doit-on renforcer uniquement la Part-Dieu ? Jean-Macé me semble par exemple intéressant pour des trafics du quotidien issus du sud du département. La gare de Vénissieux aussi pour l’est du territoire.

Compte tenu de ces éléments, je regrette que la position de la Métropole ne soit pas plus ouverte. Nous devons élargir la focale au lieu de la resserrer. C’est pourquoi nous nous abstiendrons sur cette délibération.

Intervention d’Anne Reveyrand concernant la stratégie alimentaire métropolitaine

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Conseil de Métropole du 24 juin 2019

Anne Reveyrand

Délibération 2019-3625 : Stratégie alimentaire métropolitaine.

Monsieur le Président, chers collègues,

Je dirai d’abord qu’on a longtemps, dans notre histoire récente, disserté sur la valeur symbolique de l’alimentation, culturelle, sociale, de lien à un terroir,  mais qu’aujourd’hui, on passe à des titres dans la presse sur la précarité alimentaire, les procès d’agriculteurs à l’entreprise Monsanto, la toxicité du Chlopyrifos longtemps passée sous silence, les mauvaises conditions d’élevage industriel, la perte de biodiversité liée à l’usage des pesticides, les maladies induites par nos comportements alimentaires, la disparition de nombre d’exploitations agricoles …

Ces sujets montrent la complexité de cette problématique. Les enjeux sont multiples et la délibération proposée aborde les enjeux environnementaux, économiques, sociaux de la question alimentaire qui mérite une vision systémique. Il s’agit de penser ensemble la production,  l’approvisionnement, la distribution, la consommation individuelle et collective.

Je commencerai par les questions environnementales. La production se doit  d’être responsable eu égard aux ressources naturelles et à la biodiversité,  bien sûr, mais elle doit aussi préserver la santé des agriculteurs tout comme celle de la population de nos campagnes. Et, à ce titre, je rappelle que la Ville de Villeurbanne lors de son Conseil municipal du  21 mars 2019 a rejoint l’Appel des coquelicots lancé par Fabrice Nicolino, contre l’usage des pesticides en agriculture.

La production agricole ne peut être déconnectée de la question de la santé. Tout comme la consommation est également une affaire de santé car notre premier médicament est notre aliment.

Les produits transformés avec leur lot de graisses, de sel et de sucres ou ultratransformés avec l’ajout d’ingrédients, texturants, colorants, exhausteurs de goût, etc. -indéchiffrables d’ailleurs pour le consommateur-, sont riches… en apport de maladies cardio-vasculaires, diabètes, obésités, et sont supposés par les scientifiques, intervenir dans le processus de certains cancers. Pour la première fois depuis les années 1950, on constate en France une baisse de l’espérance de vie en bonne santé. Il faut sans aucun doute mettre en relation tout cela.

Ces produits transformés, nous avons du mal à lutter contre car ils sont souvent synonymes de « valeur », contrairement à un produit brut, notamment aux yeux de populations en difficulté économique. Une brioche industrielle au chocolat (je ne citerai pas de marque, bien sûr) plutôt qu’une pomme, par exemple est parfois perçue comme « meilleure » avec des guillemets pour le goûter de l’enfant, eu égard à l’effort fait pour l’acheter.

Ces aliments transformés sont le produit de l’innovation, du progrès alimentaire de l’après deuxième guerre mondiale et de la course effrénée aux bénéfices de l’industrie agro-alimentaire menée par de grands groupes mondiaux.

Ce sont ces mêmes groupes qui amènent la disparition de petites exploitations qui font les paysages de moyenne montagne dans nos régions. La production agricole est donc aussi une question d’aménagement du territoire, en ce qu’il est pour nous, villes, nécessaire de protéger la survie des exploitations, que ce soit en péri-urbain ou en milieu rural. Certains agriculteurs s’inquiètent sérieusement du maintien en zones agricoles des terres qu’ils louent. Quid de la maîtrise du foncier hors Métropole ?

Nos achats conditionnent la vie des paysans, comme on les appelle à nouveau (avec toute la noblesse du nom). Ils doivent s’exercer sur le mode « circuits courts » et en cela,  je n’évoque pas la distance mais le nombre d’intermédiaires. Ils sont aussi le témoignage d’une nécessaire solidarité entre villes et campagnes. A Villeurbanne, nous sommes très fiers d’avoir contribué à créer des emplois sur une exploitation agricole,  par notre engagement à l’achat de produits laitiers sur le long terme: non pas sur notre territoire mais à Mornant. C’est un exemple.

Les contrats de réciprocité sont très certainement à explorer, qui pourraient permettre des échanges sur des thématiques différentes (culture /agriculture par exemple) entre territoires ruraux et urbains.

Je reviendrai sur le bio aujourd’hui attaqué fortement. Il est tout de même un moyen d’avoir certitude que le produit ingéré ne contient pas des résidus de pesticides, contrairement à une soi-disant agriculture raisonnée que nul ne peut contrôler. Bien sûr on aura beau jeu de dénigrer le bio, accusé à tort de consommer l’espace naturel. Accusé à raison quand il est produit sous serre énergivore ou à l’autre bout du monde et permet à certaines collectivités de déclarer des pourcentages importants de bio dans les cantines … Espérons que ce ne sera pas le cas des collèges de la Métropole

Dans une approche de changement climatique, je soulignerai aussi l’intérêt de diminuer notre empreinte carbone par une proximité d’approvisionnement évitant de longs transports, coûteux en Gaz à effet de serre, par des produits de saison évitant la culture sous serres chauffées (sauf quand on fait appel à la récupération d’énergie fatale ou à d’astucieux systèmes d’accumulation de chaleur comme à la Ferme de l’Abbé Rozier, par exemple). L’intérêt du recours à la protéine végétale, de considérer qu’un repas sans viande peut être un vrai repas, également !

Pour aller plus loin, et boucler la boucle, il convient de se poser la question du gaspillage alimentaire dans l’industrie agro-alimentaire comme dans les commerces de distribution, ou en préparation culinaire, les solutions de don comme celles de compostage des biodéchets (un bon tiers de nos poubelles, tout de même !) ont le vent en poupe.

Pour autant cette délibération fait l’impasse sur les communes dont le rôle assumé depuis plusieurs années est de proposer une éducation à l’alimentation. C’est dans les communes qu’est favorisée la relation avec des producteurs identifiés par les habitants dans des AMAP ou des marchés de producteurs créés par les Villes.

Ne négligeons pas toutes les situations de pédagogie : auprès des enfants en restauration collective, comme auprès des adultes (des jeunes actifs aux seniors), via les Jardins familiaux ou partagés, les Incroyables comestibles, les centres sociaux, les activités périscolaires, des structures associatives telles que Légum’ologis l’AFEV ou la Légumerie, par exemple, les services-mêmes des villes (santé, politique de la ville, personnes âgées jusqu’aux CCAS…) très actifs sur cette question.

Ce sont elles qui sont au plus près des habitants et leur donner des moyens pour agir plus largement est aujourd’hui essentiel.

Car il nous faut donner aux populations en difficulté économique le moyen de se nourrir mais de se nourrir sainement. La précarité alimentaire est bien pointée du doigt par l’étude réalisée, d’autres en ont parlé avant moi. Pourquoi être pauvre devrait-il se doubler d’une mauvaise alimentation ?

La façon de se nourrir est un enjeu de la transition énergétique. Relevons ce défi central pour nos modes de vie.

Une remarque finale : pour nos cuisines centrales équipées de légumeries afin de transformer en direct le produit brut, nous attendions depuis longtemps une stratégie de la Métropole, notamment sur la structuration des filières d’approvisionnement, nous restons un peu sur notre faim, si je peux m’exprimer ainsi ! A Villeurbanne, cela ne nous empêchera pas d’avancer dans notre soutien aux paysans.

Si le rapport s’intitule « Stratégie alimentaire métropolitaine », c’est un peu à tort, car il s’agit surtout des modes d’élaboration d’une stratégie qui nous proposés là.

Le groupe La  Métropole autrement votera ce rapport qui constitue tout de même une avancée.

Je vous remercie de votre attention.

Intervention d’Anne Reveyrand concernant l’appel à manifestation d’intérêt économie circulaire, zéro gaspillage

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Intervention d’Anne Reveyrand

Conseil de Métropole du 24 juin 2019

Délibération 2019-3624 : AMI Economie circulaire, zéro gaspillage

 

Monsieur le Président, chers collègues,

Je vais être brève.

Je voudrais saluer ce deuxième appel à manifestation d’intérêt économie circulaire. Il montre une réelle motivation de notre Métropole pour cette économie du réemploi, du réusage, de la sobriété, de la facilitation pour les usagers qu’ils soient entreprises ou particuliers au recours à ce nouveau mode de penser les produits comme des services plutôt que comme des biens.

Comme le premier, il propose une mise en réseau des structures, des subventions, des locaux.

Mais je souhaite évoquer les écueils auxquels se sont trouvés confrontés les récipiendaires de la première vague.

Les subventions espérées étaient beaucoup trop faibles pour avoir un effet net sur les projets. La proposition de conseil n’est parfois pas suffisamment aboutie.

La mise à disposition de locaux de la Métropole à titre onéreux s’est révélée souvent trop coûteuse dans les budgets des structures de l’ESS car la Métropole est bien gourmande pour des locaux fort dégradés. Par ailleurs,  la durée des baux de 3 ans est un peu courte quand il s’agit non pas d’installer des micro-ordinateurs ou des boîtes à outils, mais un véritable stockage de matériaux comme c’est le cas pour des ressourceries (je pense à Mineka, par exemple).

Sur le fond, une bonne part de l’intérêt de ce deuxième AMI réside dans l’ouverture à de nouveaux sujets par les structures retenues qui sont fort variés.

Le groupe La Métropole autrement votera, bien évidemment ce rapport.

Je vous remercie de votre attention.

 

 

Intervention de Richard Llung concernant la révision du plan local d’urbanisme tenant lieu de programme local de l’habitat (PLU-H)

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N° 2019-3507 – Révision du plan local d’urbanisme tenant lieu de programme local de l’habitat (PLU-H) de la Métropole de Lyon – Approbation – Renouvellement de l’institution du droit de préemption urbain

Conseil du 13 mai 2019

Intervention de Richard Llung

Monsieur le président, chers collègues,

En matière de développement, rien ne vaut le PLUH, mais sans la bonne articulation des politiques qui doivent l’accompagner, ce PLUH vaudra peu. Mon propos portera sur trois problèmes politiques qui conditionnent sa mise en œuvre.

Chers collègues, le rythme du développement de la métropole pose problème. Une projection de l’Insee indique que les fameux 150 000 habitants de plus à l’horizon 2030 inscrits au Scot devraient être atteints en 2020, avec près de 10 ans d’avance. Il est vrai qu’à force de se laisser entraîner par la pensée du « toujours plus » — toujours plus de rayonnement, toujours plus d’attractivité, etc. —, on néglige de mesurer les impacts de cette rengaine.

Toujours plus de logements : c’est l’envolée non maîtrisée des prix du foncier, ce qui conduit à se demander à qui profite le développement. Eh bien, ce n’est pas au bénéfice des classes moyennes ! Lyon a vu sa proportion de cadres multipliée par 3 en 20 ans, celles des employés et ouvriers divisée par 3. L’augmentation des prix et son accélération ces trois dernières années en particulier dans le centre, exclut désormais les ménages aux revenus moyens : ils n’ont plus un accès ouvert à la propriété malgré des taux d’intérêt bas et de moins moins les moyens d’assumer des loyers en augmentation. Pour ces familles, « toujours plus » signifie habiter toujours plus loin de l’emploi et l’usage de la voiture. Pour notre collectivité sous pression, c’est une mixité sociale en déshérence et un profond déséquilibre territorial qui sont en cours.

Dans mes précédentes fonctions ici, j’ai souhaité activer un outil, le secteur de taille minimale de logement (STML), pour endiguer le double phénomène de réduction des surfaces des logements et d’inflation des prix. Je regrette que seule Villeurbanne en fasse un usage étendu car c’est insuffisant. D’autres leviers d’ailleurs doivent être activés, notamment une stratégie foncière capable de régulation du marché ou une limitation des projets de vente des logements sociaux, nous en reparlerons une autre fois. J’ajoute que convenir des bonnes pratiques foncières avec les acteurs de l’immobilier puis les faire respecter doit faire partie de notre arsenal. La métropole de Bordeaux le fait : elle n’a pas la réputation d’être gauchiste. Le slogan « le logement pour tous » d’accord, mais le réaliser c’est notre travail.

Si ce rythme de développement révèle les politiques qui manquent, il en désarticule d’autres comme celle des Transports en commun (TC). C’est le deuxième point de mon propos.

Plus d’attractivité, c’est plus plus de voitures, de bouchons et de pollution de l’air, car le bon report modal vers les TC concerne essentiellement le centre, trop peu autres bassins de vie et encore moins les usagers qui viennent de plus loin. Puisque la métropole est un moteur économique, alors elle doit l’assumer en développant des solutions capables d’aller chercher au-delà de ses limites administratives des usagers, beaucoup d’usagers, et de desservir mieux ses habitants, beaucoup d’habitants.

Une mise à l’échelle massive des TC est la solution à la hauteur de l’urgence environnementale pour éviter l’invasion automobile, réduire le trafic de plus de 30% aux heures de pointe, réduire la pollution de l’air bien plus que la ZFE ne le pourra jamais, et conduire les ménages à choisir les TC à la faveur d’un pass mobilité attractif.

Peut-on dans ce contexte envisager sérieusement de dépenser 3 milliards d’€ pour un anneau des sciences routier et engloutir plus d’un mandat d’investissement du Sytral dans une ligne de métro sortie d’un chapeau électoral ? Ligne qui ne serait pas reliée à la gare de la Part-Dieu à l’Est (ou bien ce sera encore plus cher), ni à l’étoile ferroviaire de l’ouest lyonnais sans rupture de charge : c’est aberrant. A l’ouest, le point stratégique est la gare de Tassin, non la halte d’Alaï.

Pourquoi ce projet alors que le tram-train de l’Ouest Lyonnais existe et son potentiel sans commune mesure ? Il va chercher les usagers de Brignais, de Saint Bel et de Lozanne. Ses trois branches desservent les habitants de Francheville, de La Tour de Salvagny, de Charbonnières, de Dardilly, de Tassin et d’Écully jusqu’à Gorge de Loup (ligne D) et Saint Paul en mode train.

Que manque-t-il alors pour relier Saint-Paul à la Part-Dieu en mode tram sans descendre du train et rendre le tout enfin attractif ? Deux petits kilomètres, pour une réalisation plus rapide et un cout probablement dix fois moins élevé que celui du métro E. La participation au financement des 40 M€ pour le nécessaire doublement du tunnel des deux amants n’est pas un réel obstacle.Alors oui, il faut pour cela que le tram traverse la presqu’île en surface, comme cela était prévu dans les années 90 mais stoppé en 2001 : eh bien c’est ça qu’il faut mettre à la consultation publique ! Car nous ne sommes plus en 2001 et parce qu’il faut savoir ce que l’on veut.

Dernier point : toujours plus d’habitants c’est un plus grand besoin d’équipements publics essentiellement communaux. Cela aussi interroge la métropole que nous construisons : une métropole qui défend son intérêt de court terme en s’accaparant les recettes contre les communes ? Ou une métropole stratège qui les accompagne dans les outils de financement — en réalité pour son propre développement — au bénéfice des habitants qui par définition… habitent tous une commune de la métropole. J’ai pour ma part formulé ici plusieurs propositions, elles restent d’actualité et je n’y reviens pas.

Chers Collègues, le rythme du développement révèle la lenteur de la métropole à mettre ses politiques au diapason et cela fait contraste avec des décisions à prendre, à la hauteur de l’urgence environnementale et sociale. Le PLUH ne peut pas tout. Il reste cependant, dans ce contexte, un document solide et salutaire. Jean-Paul Bret a exprimé le vote favorable qui sera émis par le groupe pour ce document et j’y souscris.